dimanche 9 octobre 2011

Gene Kelly, magicien de la danse à l'écran







Dire qu’on va fêter les 100 ans de la naissance de Gene Kelly l’année prochaine ! On a peine à le croire tant le bondissant danseur a laissé une image d’éternelle jeunesse et de dynamisme à l’écran dans les plus belles pages de l’histoire du cinéma musical. Une joie communicative qui n’a pas pris une ride, comme en témoigne les multiples visionnages de ses meilleurs films comme Chantons sous la pluie (considéré par beaucoup comme le meilleur musical de tous les temps, ou du moins le plus aimé) auxquels il a souvent collaboré également en tant que réalisateur. Fougueux comme Douglas Fairbanks, athlétique et souriant, l’artiste se démarquait de son collègue le génial Fred Astaire par un style moins sophistiqué, plus viril, athlétique et très américain dans l’esprit. Une nouvelle conception de la danse au cinéma devenue un langage à part entière.


Gene Kelly a en effet souvent expliqué avoir été influencé autant par les grands compositeurs américains que par la dépression. Né en Pennsylvanie en 1912, il étudia le ballet classique pendant des années, davantage pour faire plaisir à sa mère que par passion, préférant notamment les sports tels que le hockey et le patin à roulette, dont Gene a su conserver la parfaite maitrise comme il l’a prouvé plus tard dans le film beau fixe sur New-York. Adolescent, il s’associe à son frère Fred, qu’il a toujours considéré comme son seul vrai professeur, pour donner des numéros de music hall dans les environs afin de payer des études de droit qu’il abandonne très rapidement. Pour monter ses numéros de danse, Gene n’a pas ménagé ses efforts, en s’entrainant avec beaucoup de régularité : le but ultime étant de dissimuler complètement la difficulté pour que chaque pas semble au contraire facile et détendu, afin de transmettre uniquement joie et légèreté au public. Efforts qui ne sont pas récompensés à ses débuts, car il a du mal à s’imposer dans le show business et ouvre une école de danse pour gagner sa vie. Enfin, il figure à Broadway dans un musical de Cole Porter où fait sensation Mary Martin. En 1940, il obtient un rôle bien plus substantiel dans Pal Joey, où il est remarqué par le producteur David o’Selznick, qui semble davantage subjugué par ses qualités d’acteur dramatique que ses talents de danseur : il envisage de lui confier le personnage principal du prêtre dans les clefs du royaume, avant de finalement renoncer et de revendre son contrat à son beau père Louis B Mayer de la MGM. C’est ainsi que Gene débute dans le film Pour moi et ma mie de Busby Berkeley avec la grande Judy Garland : pour un premier rôle à l’écran, on peut dire qu’il a été verni d’une chance considérable : il ne pouvait en effet espérer mieux comme réalisateur et partenaire. Si le rôle principal était à l’origine tenu par George Murphy, et que le personnage de déserteur campé par Gene Kelly n’avait rien de sympathique (surtout en plein milieu de seconde guerre mondiale !), au fil du tournage, son charisme, sa séduction et son talent sont apparus de façon tellement patente que la fin du film a été changée pour rendre son personnage plus attachant. En effet, outre ses qualités de danseur, la nouvelle vedette a d’emblée révélé tout autant d’aisance dans les scènes dramatiques et de comédie. Si bien qu’ à la fin du tournage , plusieurs rôles sérieux ont été confiés au comédien: des films de guerre comme la croix de Lorraine, ou encore des personnages tourmentés (comme le mari déséquilibré de Deanna Durbin, assassin et dominé par sa mère de Vacances de Noel) qu’on n’aurait jamais osé confier à un autre artiste de film musical !
Il faut ajouter que ce genre de films étaient bien moins couteux et plus rapides à mettre ne boite que les comédies musicales dont le tournage s’étalait sur plusieurs mois.
En 1944, Kelly remporte un énorme succès dans la reine de Broadway avec la Rita Hayworth, une des stars les plus populaires du moment. Nullement éclipsé par la mythique rousse alors au faite de sa beauté, Kelly nous livre notamment un numéro de danse avec …lui-même, particulièrement élaboré.
En effet, Kelly était certainement meilleur dans les numéros en solo, qu’avec une partenaire et il ne manquait pas d’imagination pour apporter toujours des idées extraordinaires à ses créations. (Par exemple son numéro avec un balai dans la parade des étoiles). Le danseur avouait avoir un faible pour sa danse avec une feuille de journal qu’il déchire avec ses pieds en rythme dans la jolie fermière (1950) On appréciera aussi la complicité particulière qu’il parvenait à établir avec des enfants dans des numéros dansés souvent plus simples mais terriblement attachants tirés d’Escale à Hollywood ou du méconnu Living in a big way.
En 1945, toujours en avance d’une prouesse technique, il danse avec la souris Jerry dans Escale à Hollywood, qui comporte une des premières tentatives de relier dans un film dessin aimé et personnages réels (il sera nominé à l’oscar pour sa prestation).
En 1946, Gene Kelly danse enfin avec son maitre Fred Astaire dans un numéro un peu décevant des Ziegfeld follies. Il est bien plus à son aise dans le fabuleux Pirate de Minnelli (1948), une œuvre picaresque et presque shakespearienne où il brille dans son personnage romantique d’imposteur séducteur. Quant au personnage de d’Artagnan des trois mousquetaires (1948), il semble avoir été inventé pour lui, tant il est parfait dans cette fresque de cape et d’épée en technicolor, aux superbes numéros d’escrime : un film qui lui vaudra une grande popularité auprès du public enfantin, et dans le monde entier.
Le danseur est particulièrement fier de son numéro très avant-gardiste du film ma vie est une chanson (avec Vera Ellen) qui a complètement modifié les règles de la chorégraphie filmée 15 avant West Side story.
Toujours désireux de maitriser davantage chacun de ses films, Gene Kelly s’essaye à la réalisation aux cotés de son comparse Stanley Donen, avec une réussite indéniable (sous la houlette du producteur Arthur Freed). Un jour à New York qui raconte les tribulations de trois marins en bordée déborde d’enthousiasme et d’énergie sur une musique de Bernstein et marque également un grand pas dans l’histoire du genre. Un américain à Paris (1951) de Vicente Minnelli et notamment son sublime ballet final, d’un romantisme fou, dans des décors d’un gout exquis fera sa gloire dans le monde entier, sans parler du célébrissime chantons sous la pluie (1952), véritable antidote contre la morosité. La scène où Gene Kelly y fredonne la chanson principale, de sa voix sourde et nasillarde, dans une rue trempée avec énormément de charme et une décontraction est restée dans toutes les mémoires sans parler du somptueux ballet avec la sublime Cyd Charisse.
Fort de ce triomphe, Gene réalise un film entièrement dansé : Invitation à la danse : mais le tournage s’avère très couteux, et le concept ne séduit pas le grand public. Au bout de 4 ans de montage, le film sort dans l’indifférence générale. Avec le succès croissant de la télévision et des émissions de variété, le public semble s’être lassé des films musicaux. Or les investissements énormes et le temps de préparation n’autorisent pas les demi-échecs.
Si Brigadoon (1954) comporte encore de belles chorégraphies, le film demeure assez décevant (on aurait préféré des décors naturels). En revanche beau fixe sur New York est un excellent musical, teinté d’amertume et de cynisme de même que les Girls (1957) de G Cukor, à l’astucieux scénario. Cependant, la cote de la star est déjà déclinante. Il se rabat alors sur quelques rôles dramatiques te la direction de spectacles à Broadway, sans beaucoup d’enthousiasme. En 1957, il divorce de l’actrice Betsy Blair qu’il avait épousé peu avant de débuter au cinéma, alors qu’elle était toute jeune, pour épouser ensuite l’ex de son vieux complice Stanley Donen (dont il avait été le prof de danse autrefois). On le retrouve ensuite à la télévision aux cotés de Barrie Chase, dans des shows où il nous livre les secrets de son art avec une certaine suffisance. Comme au bon vieux temps, Gene chante et danse avec des souris dans un très plaisant téléfilm pour la jeunesse sur Jacques et le haricot magique (1967) entouré de personnages de dessins sommairement aminés par l’équipe d’Hanna et Barbera.
Dans les années 60 et 70, Gene Kelly a réalisé certains films comme hello Dolly avec Barbra Streisand, des comédies ou même un western, l’ensemble étant assez décevant, il faut bien l’avouer. Beaucoup de projets échouent faute de moyens, la maladie de son épouse l'oblige à refuser la direction du film Cabaret qui fera la renommée de Bob Fosse et Liza Minnelli. Outre quelques caméos dans des films comme les demoiselles de rochefort (1966), on l’a vu aussi paraître avec Fred Astaire dans des compils des meilleurs numéros musicaux de l’âge d’or d’Hollywood à la MGM, qui eurent un grand succès et remirent en lumière bien des stars tombées dans l oubli : on peut regretter à présent les montages hasardeux et arbitraires de ces films et les nombreuses scènes tronquées. En 1979, Gene Kelly danse dans Xenadu avec Olivia Newton John la nouvelle coqueluche du moment après son succès dans Grease : un flop terrible, qui amuse maintenant les amateurs de curiosités. En faisant le bilan de sa carrière et de l’évolution d’Hollywood, l’artiste regrettait l’époque bénie des studios où les vedettes étaient choyées, protégées mais soumises à des obligations diverses.
Gene Kelly a toujours adoré la France et se rendait fréquemment dans la capitale pour visiter les tables gastronomiques les plus réputées et rencontrer son ami Jacques Martin, fan de la première heure ou la chanteuse Régine. Décoré de la légion d’honneur, il avait créé un pas de deux pour l’opéra de Paris dont le succès a été retentissant (23 rappels !).
Très diminué par une crise cardiaque survenue en 1994, l’acteur s’est éteint en 1996. Son influence sur le cinéma musical reste immense et on ne peut qu’être admiratif et reconnaissant pour toute la magie qu’il a pu à apporter à l’écran. De nombreux sites internet (français ou étrangers) regorgeant d’informations, de photos démontrent à quel point la star (classée 15ème au rang des vedettes les plus célèbres du 20ème siècle) est demeurée fameuse.

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