mercredi 26 janvier 2011

Gordon MacRae, la voix d'or de l'opérette américaine





Gordon MacRae possédait sans doute une des voix les plus riches et les plus mélodieuses due l’âge d’or d’ Hollywood. Il a fabuleusement interprété les airs d’opérettes composés par Richard Rodgers ou Cole Porter avec un subtil mélange de vigueur, force et de délicatesse. Ses indéniables capacités vocales jointes à son physique sportif très américain lui ont ouverts en grand les portes du cinéma où il n’a pas vraiment fait d’éclat, en raison d’une certaine placidité et fadeur qui lui ont empêché de gagner les galons du roi de l’opérette filmée malgré sa participation à Oklahoma et Carousel, deux adaptations populaires et pourtant bien décevantes de triomphes de Broadway.

Né en 1921 dans le New Jersey, Gordon MacRae était le fils d’une pianiste et d’un artiste de la radio. A l’école, il suit avec autant d’assiduité les cours de musique que d’éducation physique. A 20 ans, il remporte un concours de chant sponsorisé par un magazine et gagne un engagement dans l’orchestre d’Harry James. Il épouse également la jolie Sheila, une étudiante qui partage avec lui son goût pour le chant et la comédie, avant de servir dans la marine pendant la seconde guerre mondiale. A son retour, il joue dans une revue musicale avec Ray Bolger et signe un contrat avec la firme discographique Capitol, qui va faire de lui in chanteur très populaire. Parmi ses plus gros succès figurent surtout des adaptations d’airs traditionnels et religieux en duo avec Jo Stafford, et une belle version de it’s magic, le tube de Doris Day. Cela étant, la plupart des enregistrements du chanteur sont superbes, car il savait parfaitement moduler son immense voix et la teinter d’émotion. Je pense notamment à ses impeccables versions de so in love de Cole Porter ou à la grandiose balade de Camelot.
En 1948, Gordon MacRae fait ses débuts à l’écran dans un film noir de série B où il s’avère peu convaincant. Il n’est guère meilleur dans le grand tourbillon, un morne biopic sur la vie de Marilyn Miller desservi par la ravissante mais insipide June Haver. Le couple que Gordon forme dans ce film avec la blonde de la 20th century Fox sera qualifié par la critique du plus fade duo de la comédie musicale. Heureusement, l’acteur sera davantage apprécié dans un film noir « du sang sur le tapis vert » sur le difficile retour à la vie civile d’un homme blessé pendant la guerre. Le sujet a été mieux traité dans le passé (héros à vendre, les plus belles années de notre vie) mais le film se défend. En 1950, Gordon croise l’itinéraire de Doris Day, la pétillante chanteuse des comédies musicales de la Warner Bros : une aubaine pour Gordon, car la fantaisie, le charme et l’abattage de la jolie chanteuse apporte vraiment du piquant et de l’épaisseur au tandem qu’il forme avec elle à l’écran dans les cadets de la West Point (1950) : le résultat est si satisfaisant que les 2 acteurs sont réunis dans leurs films suivants.
Certains sont franchement réussis comme le bal du Printemps qui s’inspire avec bonheur du chant du Missouri (et reste probablement le meilleur musical belle époque des studios Warner) ou la fort plaisante adaptation de l’opérette No no Nanette (hélas entièrement doublée dans la version qui sera projetée en France !!). Doris et Gordon y incarnent toujours le couple d’amoureux 100% américain, l’union peu probable de la jolie voisine et du gendre idéal, sains et sportifs, propres sur eux, jolis comme une publicité pour le coca cola ! On retiendra surtout leurs très jolies voix sur les nombreux disques qu’ils gravent au passage. Fiancé idéal à l’écran, toujours souriant, et impeccablement coiffé, Gordon MacRae donne aux journaux l’image même du mari modèle dans sa villa avec piscine auprès de sa femme Sheila et de leurs quatre enfants…une image un peu trop belle pour être vrai, car le chanteur n’est pas fidèle et accuse un net penchant pour la boisson. En outre, Sheila, élue meilleure maman d’Hollywood en 1960 !!) rêve elle aussi de brûler les planches, de prouver qu’elle possède aussi une très jolie voix et ne supporte plus de rester dans l’ombre de son célèbre époux.

En 1953, Gordon joue dans un remake de Desert song aux cotés de la divette Kathryn Grayson : l’échec critique et public du film, jugé for démodé, sera tel que la Warner Bros ne renouvèlera pas le contrat du chanteur. Pourtant les airs composés par Romberg n’ont jamais été aussi bien chantés que dans cette troisième adaptation de cette fameuse opérette.
En 1954, Gordon présente avec succès plusieurs émissions de variété à la télévision. L’année suivante, le chanteur est choisi pour tenir le rôle principal de l’adaptation filmée d’Oklahoma (1955), une opérette de Richard Rodgers qui a révolutionné l’histoire du musical de Broadway. Le film qui se veut également novateur utilise pour la première fois un système d’écran panoramique baptisé TODD AO. Sans dire que la montagne a accouché d’une souris, la transposition s’avère peu rythmée et décevante, même si les chansons hyper connues lui garantissent un gros succès commercial aux USA et moins en France où le film sera amputé de la plupart des numéros musicaux ! les critiques français qualifieront même le couple Gordon/Shirley Jones de perroquets incolores. En 1956, on retrouve encore le gentil couple dans une autre opérette à gros budget de Rodgers, Carousel d’après Ferenc Molnar. Là aussi, on reste sur sa faim : le film manque de rythme de fantaisie, et d’épaisseur : il est sauvé par les chansons dont le poignant et sublime soliloque merveilleusement chanté par Gordon Mac Rae. En 1956, Gordon MacRae tourne un dernier film musical sur la vie d’un trio de compositeurs « les rois du jazz », électrisé par quelques splendides passages musicaux, filmé avec le luxe et l’éclat d’un art qui brille de ses derniers feux. Le chanteur se tourne alors vers la scène et le cabaret, aux cotés de son épouse qui rêvait depuis longtemps de profiter des feux de la rampe.
A la fin des années 50, rien ne va plus : miné par les dettes de jeu et un redressement fiscal, Gordon MacRae sombre dans l’alcool (il avait déjà été arrêté pour conduite en état d’ivresse lors du tournage de carrousel). Il ne parvient plus à respecter ses engagements, et s’enivre dans les bars alors que le public s’impatiente et demande à être remboursé. Son épouse finit par le quitter. Tout en jouant beaucoup à la télévision, l’ancienne mère au foyer envoie son tablier de modèle par-dessus les moulins en flirtant avec Frank Sinatra, Bob Fosse et d’autres. Le divorce est enfin prononcé en 1967. Alors que les enfants de Gordon (et notamment sa fille Méredith) tentent à leur tour leur chance dans le show business, Gordon continue sa descente aux enfers. On a peine à reconnaître le cow boy d’Oklahoma sur le visage du chanteur aux traits épaissis qui se produit au Ed Sullivan show.
Ses prestations sur scène sont décevantes et si son dernier album enregistré en 1968 (avec notamment une version de yesterday des Beatles) touche par l’émotion qui s’en dégage, sa voix a beaucoup perdu en puissance.
Dans les années 70, le chanteur va finalement se soigner et remporter son combat contre le fléau qui le minait depuis tant d’années. En retour, il va accorder beaucoup de son temps aux alcooliques anonymes. Gordon mac Rae nous a quitté en 1986 d’un cancer de la bouche.
Plutôt que ses films ressortis en DVD (les deux célèbres musical de Rodgers et les gentilles opérettes avec Doris Day), je conseillerais les CDs de cet artiste à la voix exceptionnelle.

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