mercredi 20 mai 2009

Frank Schöbel, ça swingue derrière le rideau de fer




On a rarement l’occasion d’évoquer les étonnantes comédies musicales qui ont été réalisées en Allemagne de l’Est à la fin des années 60, à une époque où ce genre se mourait aux Etats-Unis et dans le reste de l’Europe, y compris en RFA. Les amateurs de grands films musicaux, de belles chorégraphies et de chansons rythmées auraient tout intérêt à redécouvrir ce cinéma, qui à ma connaissance n’a jamais vraiment été exploité chez nous. Le chanteur Frank Schöbel fut la vedette masculine de la plupart de ces productions. Né en 1942 à Leipzig, il baigne dans un univers musical depuis l’enfance : son père est chanteur d’opéra et sa mère professeur de chant. Après des études de guitare, il semble très vite davantage attiré par le rock n’roll que l’art lyrique. Il devient rapidement un chanteur célèbre en Allemagne de l’Est, et se produit dans différents shows télé, le plus souvent avec Chris Doerk qui va devenir son épouse et avec laquelle il aura un fils.Sa célébrité lui ouvre tout droit les portes du cinéma, et il débute à l’écran dans le musical Reise ins Ehebett (1966). Ce film, réalisé avec brio par Joachim Hasler, s’inspire clairement des histoires de marins en goguette qui ont fait les beaux jours du musical hollywoodien (un jour à New York), néanmoins, avec beaucoup plus d’audace dans le récit qui s’éloigne vraiment des conventions (si je me souviens bien, l’autre acteur vedette Claus Jurichs se retrouve dans une scène avec deux femmes dans le même lit). Frank Schöbel chante bien et sa partenaire Anna Prucnal, fera une très belle carrière internationale. Les numéros musicaux, très rythmés, sont filmés avec beaucoup de nerf et une caméra bien moins statique que dans les productions d’Allemagne de l’Ouest. On est vraiment à mille lieux des comédies ultra conventionnelles qui avaient été produites à la pelle de l’autre coté du mur avec Peter Alexander, Rex Gildo et consorts !Heisser Sommer (1967) va remporter un énorme succès commercial. Cette histoire d’adolescents en vacances, sera un peu vite comparée à une version communiste des beach movies américains. Personnellement je trouve ce film 100 fois meilleur que les ridicules véhicules conçus pour Elvis Presley et Frankie Avalon. Au moins, il y a ici un vrai réalisateur (Joachim Hasler) derrière la caméra, qui sait parfaitement filmer les passages musicaux. Les chansons sont très bonnes (je pense à celle que Frank chante en duo avec Régine Albrecht, un sosie de Christine Bravo), les chorégraphies perfectibles mais en tous cas meilleures que dans les séries Z précitées, et Chris Doerk, dans son premier rôle à l’écran a beaucoup d’abattage et de mordant. On peut voir les personnages évoluer et danser dans les décors pas toujours folichons de Berlin-Est (hideuses constructions soviétiques) ou sentir poindre par ci par là un soupçon de propagande communiste.Hochzeitsnacht in Regen, tourné la même année, n’est guère mémorable (sûrement parce que Joachim Hasler n’est pas derrière la caméra). En 1971, Frank Schöbel arrive à franchir le mur de Berlin avec sa chanson « Wie ein Stern » qui devient un tube dans toute l’Allemagne. Les cheveux plus longs, chemise bariolée, il arbore alors le look pattes d’ef. En 1973, il revient à l’écran pour son meilleur film « Nicht Schummeln Liebling », toujours avec Chris Doerk. Cette histoire située autour d’un match de foot, avec encore des bandes de filles et de garçons qui s’opposent, est émaillée de passages musicaux filmés avec vigueur. L’exubérance des numéros musicaux rappelle un peu l’opéra rock Hair. En Outre, les tenues 70 portés par les comédiens et les nombreux figurants donnent vraiment, à posteriori, beaucoup de cachet à l’ensemble. Ce n’est peut être pas un chef d’oeuvre, mais c’est un film vraiment très sympa. L’année suivante, Frank se sépare de Chris Doerk (laquelle poursuivra sa carrière de chanteuse dans les pays communistes et notamment à Cuba). Remarié à la chanteuse Aurora Lacasa, Frank chante toujours aujourd’hui, et n’a vraiment pas beaucoup vieilli (comment fait il ?). Son répertoire composé de bluettes insipides style C. Jerôme, et de comptines pour enfants, est d’une rare médiocrité et ne saurait rivaliser avec les airs de ses vieux films. En 1997, il a participé à un documentaire très intéressant « East side story » sur la comédie musicale d’Allemagne de l’Est, truffé des meilleurs passages des films de Joachin Hasler (le meilleur moyen de découvrir ces films, ce DVD est disponible sur cd-universe avec sous-titres anglais). En Allemagne, les 4 films de Schöbel sont disponibles sur un coffret de DVDS avec des bonus (extraits de ses shows télé).

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