dimanche 17 mai 2009

Jean-Claude Pascal, le séducteur





De façon assez curieuse certains artistes aussi doués pour le chant que pour la comédie n’ont quasiment jamais eu l’occasion de réunir leurs talents dans une comédie musicale, et mené dès lors deux carrières séparées sur disque et à l’écran. Alors que Danièle Darrieux déclarait lors d’une interview à un chroniqueur sceptique qu’elle aurait adoré tourner dans une comédie musicale avec Jean-Claude Pascal, le chouchou des spectatrices des années 50, on compte tout juste dans l’abondante filmographie du beau comédien 2 ou 3 musicals où il ne chante même pas!. A qui la faute ? En tous les cas, pourquoi ne pas évoquer sur ce topic celui qui fut tour à tour acteur et chanteur de talent ?

Né en 1927 dans une famille très aisée (il est l’arrière petit fils du grand couturier Charles Worth), Jean-Claude Pascal a une enfance très privilégiée. Après avoir combattu en tant que spahi aux cotés des troupes du Maréchal Leclerc dans la deuxième division blindée et participé à la libération de Strasbourg en novembre 1944. Il est décoré de la croix de guerre pour sa bravoure.Grâce au soutien de sa famille, il travaille d’abord comme styliste chez Hermes puis Dior (même s’il prétend être peu doué pour le dessin), sympathise avec Hubert de Givenchy. Fasciné par le monde du théâtre, il se spécialise dans la création de costumes (il est notamment engagé à ce titre pour le Dom Juan de Molière mis en scène par Louis Jouvet et rencontre alors les stars qui le faisaient jadis rêver comme Edwige Feuillère ou le jeune acteur Michel Auclair qui l’encourage à embrasser une carrière de comédien. Il s’inscrit alors aux cours Simon.Edwige Feuillère qui l’avait déjà repéré en tant que costumier propose alors au débutant de jouer à ses cotés le rôle d’Armand Duval dans la dame aux camélias. Une occasion inouïe pour un garçon inexpérimenté. Il fait sensation sur scène, non seulement pour sa grande beauté mais son impeccable diction. La maman d’un ami a eu l’occasion de voir ce spectacle très jeune et en garde un souvenir ému. Selon elle, il était magnifique et meilleur que Jean Marais et d’autres acteurs de l’époque.Le succès théâtral lui ouvre les portes du cinéma pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est sans doute une popularité immense auprès du public féminin, envouté par la voix et beauté du jeune acteur au profil d’ange, le pire c’est la médiocre qualité de la plupart de ses films, romances historiques où on le cantonne souvent à des rôles de séducteur. Il est rare qu’il croise un très bon réalisateur sur son chemin.On retiendra évidemment le rideau cramoisi d’Alexandre Astruc, un beau drame, tourné en muet, avec simplement un commentaire en off (curieusement confié à d’autres comédiens). Mais le grand public optera plutôt pour la suite historico-coquine de Caroline chérie, avec la pétulante Martine Carol, qui nous raconte les amours mouvementées d’une jeune fille pendant la révolution, souvent obligée de sacrifier sa vertu pour la bonne cause. Je l’avais vu enfant à la télé et avais trouvé ça très amusant. Jean Claude Pascal se contente d’être beau et participe à une sorte de menuet qu’il danse en collants pas spécialement virils. Le gros succès du film donnera lieu à une autre suite où Jean-Claude donne la réplique au nouveau sex-symbol Brigitte Bardot, dont le seul commentaire dans sa bio sera qu’elle ne risquait pas d’avoir une liaison avec !Je n’ai pas vu tous les films que Jean-Claude Pascal a alignés dans les années 50. Si la plupart furent des succès commerciaux, les critiques ne les ont pas épargnés. Sont-ils tous aussi creux qu’ils le prétendent ? Qui a vu la châtelaine du Liban ou Pêcheur d’Islande, pourtant tirés d’œuvres majeures? A vos plumes. C’est vrai que le remake du grand jeu (pourtant signé du grand Robert Siodmak) est plus que décevant et ne risque pas de faire de l’ombre à la version originale ! Pourtant, le film fit un malheur auprès des spectatrices, sous le charme du beau Jean-Claude en légionnaire. Comment un acteur encensé par les critiques pour ses premières prestations scéniques a-t’il pu se faire enfermer dans tant de rôles insignifiant comme cette lavandière du Portugal, bluette incolore et vaguement musicale avec la danseuse Paquita Rico, empruntant son titre à un tube de Jacqueline François ? (où deux agences de pub sont à la recherche d’une mère Denis pour venter les mérites de leur lessive). Jean-Claude Pascal se déclarera pourtant enchanté de l’avoir tourné. Autre film pseudo-musical, un peu plus satisfaisant, Guinguette de Jean Delannoy avec la ballerine Zizi Jeanmaire.Est-il la victime de ce beau masque (pour reprendre le titre de son autobiographie), pour ne se voir proposer que des personnages sans profondeur dans des romances désuètes comme la belle et l’empereur avec Romy Schneider ? En tous les cas, à l’arrivée de la nouvelle vague, les cinéastes délaissent le bel acteur trop identifié à un cinéma de papa, factice et sans valeur. C’est alors que Jean-Claude Pascal va mettre de nouvelles cordes à son arc et se lancer dans la chanson. Tout le monde avait remarqué sa remarquable diction, mais lors de l’enregistrement de son premier disque, "déjà" en 1955(également au répertoire des soeurs Etienne), on pouvait croire à une lubie de comédien (on ne compte plus les acteurs ayant tenté leur chance dans la chanson, pour des résultats lamentables) : or, il se révèle un très talentueux chanteur, à la voix envoutante, raclant dans les notes graves. Autant on a pu reprocher à l’acteur d’avoir joué dans n’importe quoi, autant il va prendre grand soin dans le choix de ses chansons : au programme du Gainsbourg, Barbara, Brel, Aznavour et souvent Gilbert Bécaud avec lequel il est très intime (il le considérait comme son jumeau). En 1961, Jean-Claude Pascal remporte l’eurovision de la chanson avec Nous les amoureux, qui devient un gros succès commercial. Comme il l’expliquera bien plus tard, il s’agit d’un plaidoyer contre l’homophobie, ce que fort peu de gens ont du discerner à l’époque. C'est certainement une des rares chansons sensée à avoir remporté ce fameux concours; On le voit souvent à la télé où il fait la promo de ses nouveaux disques, notamment « soirées de prince », son autre succès (et fort jolie chanson) tout en grillant cigarettes sur cigarettes (comme Dean Martin, il chante souvent avec une cigarette à la main). En 1967, il tient le rôle d’un producteur de cinéma dans les 4 fiancés de Marisol, un musical plaisant avec l’adorable vedette espagnole. Elle se réserve toutes les chansons, et ne laisse pas même un refrain pour l’acteur français, qui commence à faire un peu âgé pour la toute jeune actrice. Pour faire un dernier pied de nez à l’écran, le grand séducteur des années 50 tient le rôle d’un eunuque dans deux films de la série des Angélique, romances épiques dans un esprit proche des Caroline chérie.Il enregistre beaucoup de disques, surtout en Allemagne, dont certains thèmes de films (vivre libre, le docteur Jhivago) sans jamais connaître un aussi gros succès que Nous les amoureux et se tourne aussi vers des feuilletons tels comme le chirurgien de St Chad et le temps de vivre, le temps d’aimer dont le générique me trotte dans la tête (j’étais pourtant tout petit). A la fin de sa carrière, Jean-Claude Pascal s’est lancé dans la littérature avec des romans historiques (l’amant du roi, Marie Stuart), accueillis avec autant de dédain que le furent autrefois ses films. Il est mort en 1992 dans un relatif oubli. On n’en parle plus guère et pourtant ce fut peut être un des meilleurs crooners de la variété française. Compte tenu de la médiocre qualité d’une bonne part de ses films, il n’est pas souvent mis à l’honneur dans les sites sur le cinéma, alors qu’il fut pourtant extrêmement populaire. Alors, on le réhabilite Jean-Claude Pascal ? En tous les cas, dans ma discothèque, c’est déjà fait.

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