jeudi 28 mai 2009

Johannes Heesters, le plus vieil acteur du monde







Le plus vieux comédien toujours en activité, Johannes Heesters a plus de105 ans : une bonne occasion pour dresser le portrait de cet acteur hollandais, la vedette principale des opérettes filmées allemandes de l’époque nazie. Coup de projecteur sur la longue carrière du roi de l’opérette avec son faste et ses zones d’ombre.

Né le 3 décembre 1903, Johannes Heesters débute sur les scènes hollandaises et belges dans des pièces de théâtre et des opérettes. Après une prestation très remarquée à Vienne en 1935, il est engagé par le studio allemand de la UFA, qui cherche désespérément de nouvelles stars pour remplacer les nombreux talents qui ont préféré l’exil au national socialisme (le producteur Erik Charell, les chanteurs d’opérette, souvent d’origine juive, Richard Tauber, Gitta Alpar, Jarmila Novotna…
Johannes Heesters (qui a déjà tourné quelques films dans son pays natal) devient une vedette de cinéma grâce à l’adaptation filmée de l’opérette l’étudiant pauvre (1936). Un bon film, bien mis en scène par Georg Jacoby, avec Marika Rökk qui révèle au public sa voix de ténor un peu nasillarde, et son charme débonnaire. Gasparone (1937), autre opérette filmée est également un film très bien ficelé et bien rythmé, qui a plutôt bien vieilli (le talent de metteur en scène de Jacoby y est pour beaucoup).
En 1938, Johannes Heesters retourne à Amsterdam donner une série de représentations de l’opérette « la comtesse Maritza » avec une troupe de comédiens juifs.
Goebbels, ministre chargé de la propagande, prendra cet épisode fort mal et menacera Heesters, mais néanmoins, grâce à Hitler, qui l’adore (il considérait Heesters comme le meilleur interprète du comte Danilo dans la Veuve joyeuse), le comédien va pouvoir continuer sa carrière à la UFA.
Les films qu’il tourne à la pelle seront de gros succès commerciaux, le public allemand ayant plus que jamais besoin de s’évader du quotidien. Hallo Janine (1940) encore avec la danseuse acrobatique Marika Rökk, aura également du succès en France et dans les pays occupés.
Je t’aimerai toujours (1941) est un musical bien terne. Néanmoins, la chanson « klavier spielen » restera associée à Heesters. Carnaval d’amour (1943), avec Dora Komar, vaut surtout pour ses passages musicaux, plutôt rythmés, et inspirés des films hollywoodiens et de bonnes chansons. A la fin de la guerre, il était devenu trop dangereux de poursuivre les tournages à Berlin, et les derniers films tournés sous le troisième Reich seront réalisés à Prague.

D’après les propos rapportés par Margot Hielscher, les comédiens savaient bien que l’Allemagne allait perdre la guerre et que les films en cours ne seraient peut être pas bouclés, mais continuaient les tournages, en vivant au jour le jour, et en dépensant avec frénésie leur argent dans les cafés et les magasins. La chauve souris (1945) luxueuse adaptation de la célèbre opérette de Strauss (en Agfacolor et avec un faste qui jure avec la misère qui régnait à l’époque) sera tout juste achevée avant l’arrivée des alliés, et exploitée en 1948 en tant que film « autrichien ». C’est un très bon film de Von Cziffra (remasterisé en DVD), qui recevra de très bonnes critiques y compris en France.
Après la guerre, si Johannes Heesters va rapidement reprendre ses activités en Allemagne et en Autriche (il ne sera pas frappé d’une longue interdiction compte tenu de l’absence de propagande dans ses films), il passera pour un traître dans son pays natal, où personne n’ignorait qu’il avait rencontré plusieurs fois Hitler et où la rumeur courrait qu’il avait même donné un concert à Dachau en 1941 pour les SS de ce camp de concentration. Rumeur qui sera confirmée par des photos qui seront retrouvées en 1978, dans une cave de Munich (cf. Liebe Tanz und 1000 schlager de Manfred Hobsch page 51). Voila qui entache de façon certaine une carrière. Alors pourquoi Johannes Heesters, qui a toujours refusé la nationalité allemande et qui se déclarait apolitique s’est il fourvoyé avec les nazis ? Pour distraire le public allemand qui l’adorait et qui en avait tant besoin, comme il l’a prétendu ? Ou tout simplement par égoïsme et cupidité (l’argent n’a pas d’odeur) …

Après guerre, on retrouve Heesters dans de nombreuses opérettes filmées avec Elfie Mayerhofer, le rossignol viennois, Claude Farell ou surtout Marika Rökk (Princesse Czardas 1951). Un genre qui tend à se moderniser et petit à petit à virer vers la parodie, avec des anachronismes et des versions « swinguées » des vieux airs d’autrefois. En piste Marika (1958), encore avec Marika Rökk, lorgne vraiment du coté d’Hollywood (ballets modernes, rock’n roll). Il aura l’occasion de tourner là-bas dans la version allemande (et ô combien théâtrale) de La lune était bleue d’Otto Preminger (1953)
En 1961, Johannes Heesters joue aux cotés de la chanteuse yéyé Conny Froboess dans Midi Midinette, puis va désormais se tourner essentiellement vers la scène (adaptation allemande de Kiss me Kate ) et la télévision.
Les cheveux blancs et les rides lui vont bien et lui confèrent un charme supplémentaire : curieusement, il semble plus avenant à 70 ans qu’à 30. Plus les années passent, plus il est convié en guest-star en tant que phénomène, survivant d’une époque révolue. Toujours en smoking et chapeau claque, il entonne « I’m glad I’m not young anymore » de Gigi dans les shows de Peter Alexander.

En 1992, après le décès de son épouse (une actrice belge), il se remarie avec une femme qui a…50 ans de moins que lui (Ca arrive assez souvent dans le show business : Fred Astaire…). Toujours bon pied bon œil, sieur Heesters continue de jouer sur les planches (ce qui lui vaudra de figurer dans le Guiness des records comme plus vieil acteur encore en activité). Chaque année, il est encore invité à la télé, surtout au moment de son anniversaire, avec beaucoup de respect. Le vieil homme de 105 ans a désormais une allure de Jiminy Crickett avec ses petits yeux malicieux et son costume blanc et sa cane, quand il chante en play-back à la télé. Désormais presqu'aveugle, il souhaite encore vivre une dizaine d’années et a donné l'an dernier un show dans son pays natal où il ne s'était pas produit depuis des décennies. Cet événement a créé bien des remous en Hollande, beaucoup de es compatriotes étant outrés que le chanteur favori d'Hitler puisse ainsi continuer à chanter. L'acteur, peut être sénile, n'a pas craint d'agraver son cas en déclarant lors d'une interview qu'Hitler était très gentil. Curieux personnage qui vient de tirer sa révérence à l'âge vénérable de 108 ans, à la veille de Noël.

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