lundi 13 avril 2009

Rex Gildo, une vie en trompe l'oeil



La variété allemande des années 60 et 70 est fortement marquée par ce qu’on appelle là-bas des schlagers (coups) : des chansons très populaires et faciles à retenir, puisant souvent leur source d’inspiration dans des rythmes du folklore étranger : des airs que l’on retient sans difficulté, mais dont le rythme trop basique et pompier est idéal pour faire tourner les manèges ou pour commémorer le premier mai, mais déroute un peu le public français.(un exemple récent : la chanson « Grieschicher Wein » composée et chantée par Udo Jürgens, devenue l’hymne de la coupe du monde du rugby). Rex Gildo fut un des plus célèbres interprètes de ce genre de variété ultra commerciale. Une trajectoire glorieuse, qui l’a conduit dans les studios de cinéma (plus de 30 films) et s’est terminée de façon tragique. Né en 1939, Alexander Gildo est issu d’une famille nombreuse. Le jeune homme prend des cours de théâtre avec Ada Tcheschowa, la fille de la célèbre actrice des années 30 Olga Tscheshowa. Sa beauté et l’aide efficace du producteur Fred Miekley (qui deviendra son compagnon) vont lui ouvrir grandes les portes du show business, dans tout ce qu’il a de business : l’industrie discographique était alors triomphante en Allemagne, pays où les achats de 45 tours par habitant étaient nettement plus élevés que dans le reste du monde. A son répertoire, Rex inscrit quelques adaptations de rocks ou slows des USA (comme Buona sera de Louis Prima ou devil in disguise d’Elvis) qu’il chante avec sa voix un peu éraillée mais pas désagréable.Au cinéma, il joue d’abord les seconds rôles dans les films de Conny Froboess (Teenager mélodie, Hoola hop Conny, Si mon grand frère savait ça), la teenager la plus aimée outre Rhin. S’il ne participe guère au déroulement des intrigues (ou semblants d’intrigue) des musicals de la délicieuse Conny, Rex montre de jolis talents de danseurs. Il ne faut pas chercher la moindre audace ou révolte chez Conny Froboess, Peter Kraus ou Rex Gildo, et c’est bien injustement qu’on a pu les comparer à l’époque à James Dean ou Elvis Presley. Ici, tout est familial, lisse et bon enfant. Mis à part que le rock et les slows ont remplacé partiellement le swing et la conga, ces films ne différent pas grandement des comédies pour ados avec Mickey Rooney et Judy Garland (en nettement moins boin d’un strict point de vue chorégraphique et musical).En 1961, Rex Gildo remporte d’excellentes critiques de la presse pour sa prestation, paraît-il surprenante, dans l’adaptation sur scène, en allemand de l’opérette My fair Lady. Ses 45 tours cartonnent, et il vient en faire la promo dans d’innombrables schlagers-films, où il apparaît en guest star avec beaucoup d’autres chanteurs (O sole mio, Marina). Dans Carina, O Rosina (1961), il est tête d’affiche aux cotés de Vivi Bach, la Bardot danoise : un monument d’inconsistance au bord de la plage, une version allemande des désastreux beach movies qui polluaient alors les écrans américains. Beaucoup de chansons, des jolies filles en bikini, de jolis paysages ensoleillés et pas grand-chose d’autre. Cela dit, Rex et la splendide Vivi forment un très joli couple, presque trop beau pour être vrai : avec leurs chevaux de soie, et leurs tenues colorées, on dirait des poupées mannequins !Lucky Boy (1962) n’est pas meilleur. L’un des numéros musicaux nous présente Rex dansant au milieu d’un pool de dactylos qui évoluent autour de leur table. Cela aurait pu donner quelque chose d’intéressant si un bon chorégraphe s’en était chargé. Ce qui est d’autant plus regrettable, que Rex Gildo semble avoir de belles prédispositions dans ce domaine.De la neige sous le soleil (1963) a l’avantage de bénéficier d’un scénario un peu plus original (un trafic de drogue à bord d’un paquebot) : C’est une comédie loufoque plutôt sympa où Rex danse un twist endiablé avec Margitta Scherr.En 1964, le producteur de Rex a l’idée de l’associer à l’espiègle chanteuse danoise Gitte (Haenning), qui vient de remporter le festival de Baden Baden, pour une série de duos. La romance montée de toutes pièces du couple idéal fait quelques temps les beaux jours de la presse people, au même titre que leurs disques culminent dans les hits parade. Cependant, le film qu’ils tournent ensemble « Bravo Bambina 1964» est fraîchement accueilli. Alors que les schlagerfilms commencent à quitter les écrans, Rex Gildo se tourne surtout vers les shows télévisés. Après la version allemande de Chitty Chitty bang bang, Rex triomphe en 1972 avec le bidochonesque « Fiesta Mexicana» : c’est le schlager par excellence : l’apothéose du kitsch, une chanson de troisième mi-temps qui ferait pâlir d’envie Patrick Sébastien.. (Remarquons, que la chanson toujours très connue en Allemagne a été récemment récupérée par un équipe de hockey sur glace américaine, qui en a fait son hymne).Quand on entend Rex fredonner avec beaucoup de talent l’air Orfeu Negro dans un show de Peter Kraus (1X8 in noten (1976), ressorti en DVD), on ne peut que constater que l’artiste n’était vraiment pas dénué de talent et qu’il est vraiment regrettable qu’il se soit galvaudé dans de la variété commerciale de plus en plus sirupeuse et nulle.(au moins Fiesta Mexicana avait l’avantage d’être festive). Une sorte d’Hervé Vilard en pire peut être. Sa version disco de Love is in the air, est carrément comique. Alors que son succès décroît et qu’il ne chante plus que dans les supermarchés et les foires villageoises, Rex, dont le visage a tendance à s’épaissir, est très contrarié par la vieillesse. L’artiste, dépressif, a beaucoup de peine à affronter les affres du temps qui passe et la tournure de sa carrière. En 1999, il se jette par la fenêtre (du troisième étage) et décède dans les jours qui suivent. On apprend alors que le chanteur n’avait pas supporté que son jeune amant, de 40 ans son cadet, le laisse tomber et du même coup son homosexualité qu’il avait soigneusement cachée pendant toute sa vie, en échafaudant même un mariage bidon avec une cousine pour faire taire les rumeurs. Apparemment, les préférences sexuelles de Rex Gildo ne cadraient pas du tout avec son image proprête de gendre idéal. Il sera enterré aux cotés de Fred Miekley, le grand amour de sa vie, décédé quelques années avant.

4 commentaires:

  1. Encore une découverte !
    Et encore un merci !

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  2. merci, entre 1954 et 1981 je vivais à Berlin et je ne peux que confirmer votre amusante analyse de ce mélodrame, moins comique qu'il ne semble, surtout pour les protagonistes.

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