lundi 21 mars 2011

Shahid Kapoor, le prince charmant en chocolat






Dans l’univers doré et rose bonbon de Bollywood, où les protagonistes tombent amoureux fou dès le premier regard et expriment leurs émotions à travers les chansons, il fallait un prince charmant. Le tendre et doux Shahid Kapoor, au sourire enjôleur et aux yeux malicieux a tous les atouts pour tenir ce rôle. Ses incontestables talents de danseur l’ont déjà hissé parmi les plus populaires stars du cinéma indien des années 2000. Celui qu’on surnomme le « chocolate boy » souhaite néanmoins élargir sa palette et prouver qu’il peut incarner à l’écran autre chose qu’un héros de conte de fée : le succès du film Kaminey en 2009 semble lui avoir donné raison.

Né en 1981, Shahid Kapoor est le fils de l’acteur Pankaj Kapoor. Adolescent, il parait dans plusieurs publicités à la télévision, tout en poursuivant de brillantes études de danse. Il est engagé en tant que danseur dans plusieurs gros succès du cinéma indien comme Dil to pagal hai (1997) avec Sharrukh Khan, même si son nom ne figure pas au générique et qu’il est difficile de le distinguer dans la cohorte de danseurs. On le remarque davantage dans Tahl (1999) où il danse dans un numéro de la belle Ashwaria Rai. Sans appui dans le milieu du cinéma, l’acteur a souvent raconté qu’il courait les auditions et les petits boulots de prof de danse et qu’un jour, sans le sou pour payer un loyer, il avait été contraint de dormir dans une voiture. Conscient des possibilités du jeune garçon et séduit par son visage d’ange, le réalisateur Ken Ghosh lui confie en 2003, le premier rôle de Ishq Vishq , comédie romantique à mi chemin entre Grease et Hélène et les garçons dont l’action se déroule dans un lycée, où l’on drague à la cafétéria : c’est frais, un peu creux, pas du tout réaliste, mais suffisamment rythmé pour recueillir un beau succès auprès des spectateurs. Shahid est charmant, et parfaitement à l’aise dans les numéros dansés les plus survoltés. Sa prestation lui vaut le prix du meilleur espoir.
Pourtant après un lancement aussi prometteur, l’acteur va enchainer quelques échecs pas toujours justifiés comme Fida (1994), un thriller haletant mais invraisemblable où il incarne avec talent un jeune homme bien comme il faut qui se retrouve embringué malgré lui dans une sordide histoire, trahi et manipulé par sa bien aimée. Sa partenaire Karina Kapoor va devenir également sa compagne hors caméra, et l’union des deux vedettes fera la joie de la presse indienne pendant trois ans. Un peu moins celle des producteurs car les films du couple ne seront pas toujours des blockbusters.
En 2006, Shahid Kapoor remporte un gros succès commercial inattendu avec un mélo romantique au thème pourtant déjà largement rabâché dans le cinéma hindi : l’union de deux personnes de condition sociale différente. En dépit (ou à cause ?) du coté très sirupeux et simpliste du film, c’est un triomphe.
Le prince de Bollywood peut enfin savourer son succès dans une série de films contes de fée, où le merveilleux et l'irrationnel viennent d’un coup de baguette magique balayer les drames de la vie quotidienne. Sauvé par un ange (le facétieux Sanjay Dutt) d’un accident de la route, Shahid revient sur terre pour s’occuper de ses frères et sœurs dans "la vie pourrait être comme ça". Ce joli film fantastique ne manque pas de références : on songe tour à tour à la mélodie du bonheur (pour les scènes avec toute la nichée de gosses), au ciel peut attendre (adorable film des années 70 avec Warren Beatty), à Ghost et surtout au magnifique et insurpassable « la vie est belle », le classique de Frank Capra (même si ce pseudo remake est moins profond, moins subtil et beaucoup plus puéril.
Les effets spéciaux (qui ont mobilisé pendant un an les studios de Bombay) sont particulièrement réussis, et contribuent grandement à la réussite du film (je pense à la scène très réussie où les 2 fantômes se déchaînent sur la piste de danse (notamment Shahid, qui danse remarquablement), tout en passant au travers du corps des nombreux clients de la discothèque. Dans Milenge, milenge, Shahid parvient à reconquérir Karina Kapoor dont il a totalement perdu la trace grâce à un billet de loterie griffoné, car le destin l’a décidé ainsi. Ok, on nage à 1000 lieux de la réalité, mais ces films familiaux, à l’optimisme démesuré où les forces de l’amour parviennent à soulever des montagnes sont parfois très agréables. D'autre fois, ils tombent à plat, comme des bulles irrisées, jolies certes mais vides et insipides (Kismat Connection...). Amusant d'ailleurs d'apprécier le contraste entre ces films lénifiants et charmants où les baisers demeurent chastes (sous peine d'être coupés par la censure), alors que les danses dans les boites de nuit, peuplées de girls (dé)vétues de strass et de bas résille sont lascives voire vulgaires. Enfin, Chance pe dance (2009), nous raconte l’ascension d’un jeune danseur, fasciné par Gene Kelly et Michael Jackson, fauché et contraint de vivre dans sa voiture, avant de rencontrer le succès dans un show télévisé. Encore un conte de fée, qui semble cette fois directement s’inspirer de la vie réelle du comédien.
Quel dommage que les scènes de danses soient filmées de manière si syncopées et montées avec une telle nervosité qu’il est difficile d’apprécier pleinement des talents de Shahid.
Si coté cinéma, la chance lui sourit, coté cœur, l’acteur semble rencontrer plus de difficultés : il se sépare de Karina Kapoor qui partage désormais de la vie de Saif Ali Khan et se fâche avec le réalisateur Ken Ghosh qui a lancé sa carrière et réalisé plusieurs de ses films. Si la presse people a tendance à fiancer l’acteur avec ses différentes partenaires à l’écran (aux dernières nouvelles avec Priyanka Chopra, Miss Monde 2000 devenue star de Bollywood) , la vie sentimentale de l’acteur semble plus discrète voire mystérieuse : dans un magazine, il déclare même être favorable à l’idée d’un mariage arrangé !
En 2009, Kaminey marque un grand tournant dans sa carrière : ce film hyper violent, inspiré par le cinéma de Tarentino, lui offre l’occasion d’incarner un personnage beaucoup moins lisse de voyou sans scrupules et de briser son image de prince charmant. Honnêtement, Shahid Kapoor ne m’a pas vraiment convaincu dans ce thriller très noir aux velléités artistiques cependant le fort succès commercial du film a solidement confirmé sa place parmi les plus grandes stars de Bollywood et désormais l’acteur peut diversifier ses prestations (on parle néanmoins d’un retour aux sources avec une suite de Ishq Vishq). En tout état de cause, on espère que Shahid Kapoor n’oubliera pas que son meilleur et plus solide atout demeure la danse.

5 commentaires:

  1. Je n'avais pas fait le lien avec Pankaj Kapoor. C'est amusant de voir le contraste entre les rôles du fiston (en tout cas ce qui ont fait sa renommée), et les personnages nettement plus rugueux interprétés par son père : héroïnomane qui squatte les tournages de son frère réalisateur dans Khamosh, impressionnant chef mafieux dans Maqbool ou terroriste dans Roja...

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