lundi 13 avril 2009

Gene Nelson, le danseur acrobatique de la Warner Bros



Parmi les grands danseurs de l'âge d'or de la comédie musicale, on a hélas souvent tendance à oublier Gene Nelson, ce qui est parfaitement injuste, tant l'agilité, le tonus et l'aisance déployés dans ses numéros dansés ont apporté de réels coups d'éclats aux films musicaux parfois ternes de la Warner bros.

Né en 1920, Gene Nelson décide de devenir danseur après avoir été ébloui en ayant vu Fred Astaire dans Carioca (1933). Après ses études, il obtient un job de patineur et danse sur glace pendant 3 ans aux cotés de Sonja Henie dans les revues montées par la célèbre vedette norvégienne. Puis il s’engage dans l’armée. Après la guerre et sa démobilisation, il tente sa chance au cinéma. Remarqué par June Haver, la jolie pin-up blonde de la 20th Century Fox, il débute à l'écran dans une courte séquence onirique d'Embrassons nous (1947) de Lloyd Bacon.
Dans un décor rose bonbon, il tournoie avec la petite June dans ses bras, mignonne comme une poupée (elle doit bien faire 30 cms de moins que lui !).

C'est toujours aux cotés de June Haver, mais à la Warner brothers qu'il tourne son second film, dans lequel il a un rôle bien plus important Il s'agit encore d'un musical nostalgique situé à la belle époque, le savoir faire de la Fox en moins. C'est bien nunuche et le couple formé par June et le ténor Gordon Mac Rae manque vraiment de présence : du coup, Gene ne manque pas de se faire remarquer, en bondissant avec beaucoup de punch dans un numéro de style western. Viril et débonnaire, il attire l’attention des spectatrices. La Warner le prend sous contrat.

En 1950, il joue dans l'adaptation filmée de No no Nanette aux cotés de Doris Day (une des très rares opérettes américaines de l'époque à avoir obtenu un franc succès sur les scènes françaises, avec des airs incontournables comme tea for two ou " pour être heureux "). Le résultat est plutôt décevant, surtout l'horrible doublage en français des versions diffusées sur TCM (avec une synchronisation inexistante). Mis à part les mimiques de SZ Szakall, et le charme piquant de Patrice Wymore, c'est vraiment Gene Nelson qui apporte un peu de féerie à ce film. Son numéro de danse acrobatique sur un tambour géant est vraiment extra. Sa danse athlétique dans les escaliers l'est tout autant. Quel tonus et quelle précision ! L’écran français, qui ne se gène pas pour démolir le film, distingue aussi sa prestation (sans le nommer !) et voit en lui un nouveau Fred Astaire. On le retrouve encore dans les escaliers, toujours avec Doris Day (surprenante dans les scènes de danse), dans Escale à Broadway (1951), musical sympathique à défaut d'être novateur.

L'autre vedette maison de la Warner, c'est la belle Virginia Mayo (et sa fameuse coquetteriee dans l’œil) aussi à l'aise dans les westerns que dans les comédies musicales. Ce n'est pas une danseuse très douée, mais peut être une des actrices les plus sexy des années 50. Aux cotés de Gene Nelson, elle joue et danse dans plusieurs films musicaux , qui n'ont pas marqué l'histoire du genre, mais ne sont pas désagréables à revoir à l'occasion. Je pense notamment au numéro de carnaval tiré du film Catherine et son amant (1953), fort bien dansé par Gene Nelson et la talentueuse patrice Wymore (Mme Errol Flynn). La même année, Gene Nelson tombe amoureux de sa partenaire Jane Powell au cours du tournage de 3 marins et une fille (encore un musical exploitant le filon d’un jour à New York avec des marins en bordée). Les deux vedettes étant mariées chacun de leur coté et père et mère, la liaison ne durera guère et ne fera pas une très bonne publicité aux deux protagonistes.

En 1955, Gene Nelson se voit confier le rôle le plus intéressant de sa carrière, dans l'adaptation à l'écran de l'opérette Oklahoma qui avait révolutionné Broadway en 1945. Tournée en décors naturels avec un luxe de moyens, c'est un film à grand spectacle à réserver uniquement aux amateurs du genre (car on y chante presque tout le temps). Pour une fois, Gene Nelson campe un personnage un peu plus original que les bellatres interchangeables qu'il incarnait à la WB. Il forme un couple cocasse avec Gloria Grahame (plus interessant que le duo vedette Gordon Mac Rae/Shirley Jones). Son numéro de danse dans la gare, très dynamique, évoque les danses viriles et exaltantes des 7 femmes de Barberousse. En revanche Ca c’est Paris, énième film musical avec des marins n’a guère de valeur. En outre, la copie du film que j’ai pu voir était si endommagée que le visionnage était bien pénible.

La fin des années 50 marque le déclin de la comédie musicale, et la fin de la carrière cinématographique de al plupart des acteurs du genre. Néanmoins, Gene Nelson restera à Hollywood en passant derrière la caméra. Rien de bien mémorable dans ses réalisations, aussi pesantes qu'inintéressantes. Il a notamment mis en scène deux navets avec Elvis Presley, à réserver strictement aux inconditionnels du chanteur. On l’a vu aussi beaucoup à la télévision , devant la caméra (l’île fantastique, arabesque) ou le plus souvent derrière (il a réalisé plusieurs épisodes de la série I dream of Jeannie : j’ai constaté qu’elle était sortie chez nous en coffret DVD. Pourtant cette comédie ne me dit rien : qui l’a visionnée ?
En 1972, Gene Nelson triomphe sur scène dans le musical Follies de Stephen Sondheim (qui comporte le bel air losing my mind, qui fut repris plus tard par Liza Minnelli.
Il est décédé d’un cancer en 1996.
Gene Nelson n’a pas eu la chance de tourner pour de très grands réalisateurs ni dans les meilleures productions, néanmoins ses qualités de danseur sont telles qu’il transcende souvent par sa présence un petit musical de série B, en nous offrant de superbes numéros.

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