dimanche 17 mai 2009

Georges Guétary, le prince charmant de l'opérette



Pendant la seconde guerre mondiale et les années qui ont suivi, la vie quotidienne des français était particulièrement difficile: la pénurie était telle que des tickets de rationnement étaient mis en place pour les produits alimentaires de base, ainsi que les vêtements et articles textiles.
Il fallait se débrouiller comme on pouvait pour survivre : une chose est certaine en revanche : il était impossible de rationner les rêves, et plus que jamais il était salutaire de se laisser bercer par les romances diffusées par la radio et notamment la voix ensoleillée de Georges Guétary, et ses ritournelles qui transportaient en quelques secondes les auditeurs au pays des princesses et des preux chevaliers, ou sous les tropiques ou autres endroits paradisiaques inaccessibles.

Né en 1915 à Alexandrie, Lambros Worloou (d’origine grecque) passe son enfance en Egypte.
Arrivé à Paris avec sa famille dans les années 30, il entame des études commerciales, mais ses goûts vont rapidement le porter vers le music hall. Après des cours de chant et de comédie, il est engagé comme chanteur dans l’orchestre de Jo Bouillon. Remarqué par Mistinguett, qui aimait s’entourer de jolis garçons, il est engagé comme boy dans sa revue (et fait de la figuration dans le seul film parlant tourné par la Miss, Rigolboche (1936)). Cette grande professionnelle ne cache pas son admiration pour la persévérance et le sérieux du jeune chanteur.
Néanmoins c’est pendant la guerre et sous le pseudo de Georges Guétary, que sa carrière va vraiment prendre son envol. Sa chanson Robin des bois, composée par Francis Lopez, est un énorme tube en 1943. Si les intellectuels n’ont cessé de se gausser des créations de Francis Lopez (un ancien dentiste reconverti dans l’opérette), on ne peut que saluer le talent que celui avait pour trousser en trois minutes un petit tableau sur une musique entraînante (je pense en particulier à Marie des Anges qu’il a composé pour Lucienne Delyle, ou Jim pour Clément Duhour). Certes, c’est très kitsch, mais qu’on l’a déjà vu le public avait alors plus que jamais besoin d’évasion.

De la chanson au cinéma, il n’y a qu’un pas et Georges Guétary, qui a la chance d’être fort joli garçon, se retrouve tête d’affiche du Cavalier noir, un film de cape et d’épée avec chansons, dans un rôle de justicier séducteur, qui fait écho au personnage de sa chanson Robin des bois. Tourné à la fin de la guerre, pendant le débarquement, le film ne sortira qu’après la libération où il sera très fraîchement accueilli par la critique (qui reproche la lourdeur de la réalisation de Gilles Grangier) mais adoré par le public (notamment l’air Chic à Chiquito, de Francis Lopez, entonné par Guétary avec sa voix nasale si caractéristique (et si irritante pour ses détracteurs), qui remportera un gros succès populaire). Toujours dans la même veine, Trente et quarante (1945), où il donne la réplique à une toute jeune Martine Carol (dont on ne reconnaît pas tout à fait le visage). Son plus grand succès sera toutefois, les aventures de Casanova (1947), tourné en deux époques, réalisé par Jean Boyer, le seul spécialiste français du film musical.

Les chansons sont très entraînantes et faciles à retenir (Ninon, Rosa, Stella).( Il parait que Guétary accordait beaucoup de temps au choix des refrains de ses films, car il savait combien ceux-ci contribuaient à la popularité de ceux-ci ): c’est du cinéma de papa, comme on dit, réalisé et joué de façon assez convenue. La réalisation est souvent aussi pesante que les crinolines des comédiennes et les acteurs sont très maquillés (notamment Guétary qui cache ses problèmes de peau sous une bonne couche de fond de teint). Mais l'enthousiasme et le tonus du chanteur emportent l'adhésion. Guétary est alors au faite de sa gloire : un chanteur à succès (boléro, maître Pierre…) et un play boy de cinéma dont rêvent les demoiselles. Il répond aux courriers des lectrices de Cinémonde qui veulent tout savoir de celui-ci et leur livre même ses mensurations. C’est OK magazine avant l’heure !

Selon le beaucoup plus sérieux Ecran français, pourtant souvent très dur avec les films musicaux, Jo la romance (1948) marque un réel progrès par rapport aux productions précédentes et bénéficie d’un scénario plus original. L’hebdomadaire souligne aussi le perfectionnisme de Guétary dont elle note de nettes améliorations dans le jeu d’acteur et ajoute même qu’il est en train de surpasser Luis Mariano, Tino Rossi et les autres chanteurs de cinéma.
Néanmoins, on peut douter de l’objectivité du magazine qui accorde l’année suivante un article assez flatteur au film Amour et compagnie, alors que cette comédie est d’une rare nullité (et est également plombée par la lamentable prestation de Tilda Thamar, aussi belle que mauvaise actrice). Il semble que Guétary souhaitait tester de nouvelles pistes et limiter le nombre de chansons pour devenir un comédien à part entière.

La carrière de Guétary va alors prendre une tournure internationale : après son succès à Londres dans l’opérette Bless the bride (dont est tirée la belle Marguerite qui connaîtra le même succès chez nous), Guétary est remarqué par Gene Kelly qui l’engage pour son célébrissime « Américain à Paris »1951 (Maurice Chevalier, prévu à l’origine pour le rôle n’a pu obtenir le visa désiré pour se rendre à Hollywood). Il apporte son charme et sa classe caractéristique à son personnage, et son mémorable numéro dans les escaliers demeure un des plus célèbres du film. Il est également plaisant de l’entendre chanter S’wonderful et les beaux airs de Gershwin avec Kelly.

Cependant, Guétary ne poursuivra pas sa carrière à Hollywood, refusant les contraintes d’un contrat de 7 ans. S’il remporte un triomphe sur les scènes parisiennes dans l’opérette la route fleurie, bien secondé par Bourvil, et enregistre encore plusieurs tubes (une boucle blonde, …) , sa carrière au cinéma, après son sommet hollywoodien semble marquer le pas. Alors que Luis Mariano aligne les succès à l’écran (violettes impériales, le chanteur de Mexico), Guétary a beaucoup plus de mal, et continue de tourner de petits films musicaux en noir et blanc pour divers tâcherons.

Dans plume au vent (1953), il chante en duo avec la très belle Carmen Sevilla, partenaire attitrée de Mariano. Si les jeunes filles de l’époque et les inconditionnels du chanteur sont sous le charme, c’est quand même bien culcul avec du recul.

C’est en Allemagne, que Guétary va tourner ses derniers films. Sans avoir le génie des films américains, loin de là, on doit bien admettre que les producteurs allemands avaient plus de maîtrise et de savoir faire que les français pour les films musicaux. Le baron tzigane (1954) est une bonne adaptation de la célèbre opérette. Le chemin du paradis (1930) n’a pas le charme complètement désuet de l’original.

Au début des années 60, Georges Guétary va souffrir comme tous les chanteurs de sa génération du brutal changement des modes musicales, même s'il tente de s'accrcocher aux wagons du twist et du rock n'roll et s’il décroche encore d’ultimes succès discographiques au Canada (son adaptation de la golondrina). Néanmoins, comme son ancien rival Luis Mariano, il peut toujours trouver refuge dans l’opérette qui attire encore à l’époque un public fidèle. Il joue en 1966 dans l’opérette Mr Carnaval de Charles Aznavour (qui comporte le fameux air la bohème), puis dans différents spectacles ensuite filmés pour la télévision par son épouse, l’ancienne comédienne Janine Guyon.
Soucieux de se renouveler et d’aborder des genres différents, l’artiste n’hésite pas à s’auto parodier ou à donner un spectacle hippie en 1970 (dont les extraits m’ont semblé affligeants).
Que dire aussi des vilaines opérettes qu’il a joué à la fin de sa carrière (le plus souvent en matinée, clientèle âgée oblige), sinon que Francis Lopez avait vraiment perdu toute inspiration depuis longtemps. Des chansons comme « un carnaval, si si, un carnaval, non, non,… » ou « on fait l’amour comme-ci comme –ça » ne risquaient pas de relancer le genre !
L’opérette devient alors un sujet de moquerie et dans le film « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine », Gérard Lanvin reprend le personnage du chevalier blanc, qu’il a crée dans les cafés théâtres : un prince charmant, hagard, en collant moulant style Luis Mariano, qui entonne une romance plagiée sur Robin des bois, le tube de Guétary.
Georges Guétary est décédé en 1997. Son fils François, comédien, tourne dans des séries policières.

Comme Luis Mariano, Georges Guétary fera-t’il l’objet un jour d’un hommage par Roberto Alagna ou un autre ténor qui reprendra les airs de la route fleuri…ieeee, booooooooooooo…léro, si vous voulez savoir et les autres tubes du chanteur qui a apporté rêve et évasion à un public qui en avait tant besoin. On peut l’espérer car cela remettrait à l’honneur une de nos rares vedettes françaises (d’adoption) à avoir triomphé outre manche et outre atlantique et tant de chansons festives et toniques enfouies dans l’inconscient collectif qui ne demandent qu’à connaître une seconde vie.
Vous vous en savoir davantage sur Georges Guetary?
Alors précipitez-vous sur le site que lui a consacré Patrick, un fervent admirateur. Il regorge d'informations :

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