dimanche 17 mai 2009

Ray Bolger, l'épouventail bondissant





Et si l’on prenait la route de briques jaunes, direction le merveilleux pays d’Oz, pour suivre la trace de l’épouvantail, alias Ray Bolger, un des danseurs les plus talentueux de l’âge d’or d’Hollywood ?


Né en 1904 dans le Massachusetts, Ray Bolger commence sa carrière de comédien en 1922. Au cours des années 20 et 30, il participe à de nombreux spectacles musicaux et revues où son étrange façon de danser, très élastique et son excentricité attirent l’attention du public.
Mais c’est en 1936, avec l’opérette « sur les pointes » de Rodgers et Hart, qu’il gagne ses galons de vedette en créant l’adorable chanson « there’s a small hotel » et en dansant de façon hilarante sur le ballet « slaughter on tenth avenue » (qui sera dansé brillamment mais de façon complètement différente par Vera Ellen et Gene Kelly dans Ma vie est une chanson).

A la suite de ce triomphe, le danseur est engagé par la MGM qui lui confie de petits rôles de danseurs dans diverses comédies musicales comme le grand Ziegfeld, Rosalie ou l’assommant Amants (un des premiers films musicaux en technicolor). Cela dit, on ne l’y remarque guère, et ses prestations sont parfois coupées avant la sortie du film.

En 1939, il trouve le rôle de sa vie : l’épouvantail du magicien d’Oz, en quête d’un cerveau.
Si le film à l’époque a remporté un succès modéré, au fil des années et de ses innombrables rediffusions à la télé américaine, c’est depuis longtemps un film culte, l’un des plus célèbres et des plus rentables de toute l’histoire du cinéma. Avec sa bonhomie, ses jambes qu’on croirait en caoutchouc et son regard attachant, Ray Bolger est adorable aux cotés de Judy Garland. Les différentes rééditions du film sur DVD (notamment la dernière, superbe) proposent toutes en bonus une séquence coupée (on se demande bien pourquoi !) où Ray, après sa chanson, danse et virevolte avec élasticité sur la route enchantée. (Parmi les autres bonus, les films en super 8 tournés sur le plateau par le compositeur Harold Arlen sont émouvants).

Après cette inoubliable performance, Ray quitte Hollywood pour jouer dans un musical à Broadway, qui n’aura aucun succès. De retour en Californie, il signe un contrat avec la RKO et apparaît dans 2 comédies musicales. Mardi gras - Sunny (1941) est une charmante adaptation d’une opérette dans laquelle brilla jadis Marilyn Miller. C’est frais, léger, très léger (un peu trop peut être ?) mais ça se laisse regarder avec grand plaisir surtout son très beau numéro « who » dansé avec la délicate Anna Neagle, une des plus charmantes vedettes britanniques. Pour rendre la scène encore plus romantique, le réalisateur Herbert Wilcox rajoute quelques ralentis, pour s’attarder sur les gestes graciles de Miss Neagle et la virtuosité de Ray Bolger. Evidemment, compte tenu de son physique quelconque, ce n’est pas Ray mais John Carroll qui séduit la belle au cours du film (le fait qu'il ne soit pas d'une grande beauté explique aussi pourquoi on le verra si rarement dans des premiers rôles)


En 1942, Ray Bolger se rend dans le Pacifique pour distraire les GIs. De retour aux States, Ray tourne dans les Harvey Girls (1945), délicieux musical avec Judy Garland, mais semble préfère la scène au cinéma : il remporte un vif succès dans les opérettes « by Jupiter » et surtout « la marraine de Charley », un super classique (made in France) qui a connu d’innombrables adaptations dans le monde entier. Déguisé en femme, pendant la majeure partie du spectacle, il est irrésistible. Le musical sera adapté à l’écran et recevra un très bon accueil, en dépit de l’absence de stars de premier rang (il semble qu’une sortie en DVD soit programmée). Le grand tourbillon (1949), fade biopic avec l’insipide mais ô combien jolie June Haver n’est en revanche pas bien réussi. Sans effort, Ray éclipse toute la distribution avec son étonnant numéro de tap dancing sur le fameux « Who » tiré de l’opérette mardi gras.
Autre musical fade et raté, Avril à Paris (1952) dont la vedette est Doris Day n’est regardable que pour la belle prestation de Ray.

Ray Bolger va poursuivre sa carrière à la télévision (notamment un show de 1963 où il recrée avec Judy Garland et Jane Powell une scène coupée du Magicien d’Oz), et sur scène (All American). Aussi excentrique à la ville qu’à l’écran, il paraît qu’il improvisait à chaque répétition du spectacle !

En 1961, Ray Bolger trouve à nouveau un rôle à mesure dans la version filmée de Babes in Toyland produite par Walt Disney. Dans le rôle du coquin Barnaby, ne reculant devant aucune vilainie pour obtenir la main d’une jolie princesse, il est exquis et prouve qu’à près de 60ans, il n’a pas perdu ses talents de danseur.
Ce joli conte de fée, destiné à un très jeune public est vraiment une excellente surprise : les effets spéciaux, dans la lignée de Tom Pouce, sont parfaits et la présence des acteurs jouant Bernardo et le sergent Garcia dans la série TV Zorro est vraiment la bien venue (dans une version antérieure ces 2 rôles étaient tenus par Laurel et Hardy). Par moment, le film louche franchement du coté du Magicien d’Oz (ce n’est pas un hasard si Ray Bolger est tête d’affiche), hélas, la chanteuse yéyé Annette Funicello n’a pas l’ombre de la présence de Judy Garland.
Dans les années 70-80, on a revu Ray dans d’innombrables séries familiales à la télé de la croisière s’amuse à la petite maison dans la prairie, souvent dans des rôles de braves papys-gâteaux.
En 1984, on le voit commenter divers films musicaux et présenter des inédits du Magicien d’Oz dans le troisième volet de that’s entertainment. Ray Bolger s’est éteint d’un cancer en 1987. Il laissait une veuve, avec laquelle il était marié depuis plus de 60 ans. .. chose rare dans le monde du cinéma.

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