jeudi 7 janvier 2010

Sandro : mort du King argentin







Chaque pays a ses idoles. J’ai pu constater avec quel bonheur les étrangers étaient ravis et souvent profondément touchés de discuter avec des français qui connaissaient un peu leur pays et leurs monstres sacrés. Ainsi, lors d’un voyage en Italie, une étudiante argentine m’avait confirmé à quel point Sandro était aimé dans son pays et selon ses termes l’équivalent chez nous de Johnny Halliday en terme de popularité.
J'ai une pensé pour elle an apprenant aujourd'hui le décès de Sandro, le king argentin à l'âge de 64 ans.

Né en 1945, Roberto Sanchez, petit-fils de gitans, a commencé à chanter, avec des copains dans de petits orchestres de rock en imitant son idole, Elvis Presley, auquel il empruntait non seulement son répertoire mais aussi ses fameux déhanchements qui faisaient fureur et scandale auprès des personnes bien pensantes. Au début des années 60, le jeune chanteur va ainsi se produire dans différentes petites formations dont l’une se nommait « les caniches de l’Oklahoma » (ce qui montre qu’il ne manquait pas d’humour et d’auto dérision. Sa rencontre avec le compositeur Anderle sera décisive. Ensemble les deux hommes vont bâtir un répertoire original, davantage composé de balades sentimentales que de chansons rythmées. En 1967, Sandro remporte un concours de chant avec Quiero llenarme de ti. Cette chanson et surtout le disque suivant (sur un rythme plus syncopé)« rosa rosa » sont de tels tubes qu’il est immédiatement engagé au cinéma.
Quiero llenarme de ti (1967) nous conte sans originalité aucune la vie sentimentale d’un chanteur adulé par les foules et vivant une histoire d’amour contrariée avec une dame au look étrange qui ressemble beaucoup à la poupée québécoise Fanfreluche. Q’importe, toutes les cinq minutes environ, l’action est interrompue par d’excellentes chansons (dont les deux succès sus-visés). Le film démarre fort : avant même le générique, Sandro surgit de la fumée, pour interpréter une chanson très aznavourienne d’une grande puissance dramatique. Destinées à un public très populaire et peu cultivé, les intrigues des films de Sandro sont toujours peu complexes et toutes droit sorties d’un roman-photo. Cependant, l’acteur y fait preuve d’une réelle présence et d’un indéniable charisme. Lèvres épaisses et sensuelles, regard ombrageux, attendri lors des scènes d’amour ou presque cruel, chemise largement ouverte sur une poitrine très velue, : c’est tout le portrait du macho latin qui fait pâmer ces demoiselles. Les chansons, faciles à retenir sont souvent de bonne facture, et toujours interprétées avec conviction par la voix un peu chevrotante de Sandro (qui ressemble un tantinet à celle de Julien Clerc ou de Charles Aznavour), mais dont les accents et la puissance d’interprétation (dans les airs les plus dramatiques) évoquent le souvenir du mythique Carlos Gardel. En effet, pour l’émotion, les argentins ne font pas dans la demi-mesure, et les interprétations de Sandro, dans ses meilleurs morceaux ont souvent quelque chose de violent et de torturé.

Dans Muchacho (1970), Sandro joue le rôle d’un jeune homme protégé par une vieille dame un peu farfelue et accaparante (on peut d’ailleurs se poser des questions sur l’exacte nature de leurs relations), fort bien interprétée par Olinda Bozan, une ancienne partenaire de Gardel. Outre la très belle ballade trigal (sur un tempo de bossa nova), le meilleur moment reste son interprétation d’Amada mia pour séduire la belle Iran Eory.(toutes les chansons du film sont d’ailleurs très agréables).

Le film le plus connu de Sandro est peut être Gitano (1970), dans lequel il part à la recherche de son père, un artiste de cirque et se retrouve accusé de meurtre. Tous les ingrédients sont là pour le succès : le chanteur parcourant la pampa, torse nu sur son cheval, l’atmosphère de fête foraine. Et tant pis, si pour jouer le rôle de son père il lui suffit d’enfiler une grosse moustache noire et de danser une sorte de casatchok. Le film, même s’il reste un nanar de série B, est vraiment sympa à regarder. On ne peut en dire autant de Sortilèges d’amour (1971) où il donne la réplique à la splendide star espagnole Carmen Sevilla (ex partenaire de Luis Mariano) Dans un moyen âge de pacotille, les jambes moulées dans un collant vert, Sandro tente de séduire la belle princesse Sevilla qui se morfond dans son donjon avec un tube très années 70 : C’est vraiment ridicule, et on ne peut s’empêcher de penser aux Visiteurs ou au chevalier blanc. En tous les cas, au second degré, c’est plutôt comique. La grande scène de danse (une sorte de czardas ?)avec Sandro, Carmen et les gitans se laisse regarder, mais est vraiment mal filmée.

En 1971, pour les besoins de Je t’aimerai toujours, Sandro est un pilote de formule 1a victime d’un grave accident de la route. D’abord aveugle, il va finir par recouvrer la vue, et gagner le cœur de sa belle, mais le doute était-il permis ? Il y chante « dame el fuego de tu amor » un morceau bien balancé qui ressemble à s’y méprendre au générique de poigne de fer et séduction. Il faut voir Sandro se déhancher sur le morceau sur la piste de danse. Sa manière très syncopée de remuer, avec des gestes lascifs est d’un ridicule extrême(ça me fait penser un peu à Ringo le mari de Sheila), et on a du mal à croire qu’à l’époque le public pouvait trouver ça prenant !
Dans destino de un caprichio (1972), on le retrouve encore avec l’attachante Olinda Bozan à laquelle il chante une fort belle chanson avec beaucoup de conviction ( à un moment, on a l’impression que son regard lance des flammes et il a même un petit coté Dracula : serait-il avec Valentino le rare exemple d’une vamp version masculine ?)
Opération Rosa Rosa (1974) est une parodie des films d’espionnage plutôt sympa et par moment assez drôle, même si on n’a jamais l’impression de regarder un film mais plutôt une des innombrables séries télé qui pullulaient sur les petits écrans (genre Mannix, le magicien, chapeau melon etc…). L’intrigue est puérile :
Un chanteur de variétés (Sandro) est chargé d’espionner de dangereux criminels qui veulent anéantir la planète en propageant une bactérie hautement dangereuse dans l’eau courante. Pour s’infiltrer parmi les criminels, dont le chef est un grand couturier (qui ressemble à Grand-mère de Chapeau melon), la copine et collègue de Sandro n’a aucun mal à séduire le membre du gang le plus sensible à la gente féminine. Mais très vite, Sandro est repéré et séquestré par les vilains qui veulent l’électrocuter de bien curieuse façon (avec une machine animant un pantin désarticulé qui danse les claquettes tout en envoyant des décharges électriques).
Dans le rôle principal, Sandro roule les mécaniques, en se déhanchant exagérément sur les chansons les plus rythmées : là aussi on rigole, mais je ne suis pas sûr que l’artiste ait voulu s’auto parodier puisqu’il joue cette carte dans tous ses films et ses shows !
Subi que te llevo (1980) sera son dernier rôle important sur grand écran.
D’abord on est surpris par un scénario aussi puéril : Une jeune femme perd sa chaussure dans la panique causée par les fans du chanteur Sandro. Ce dernier, tombé amoureux au premier coup d’œil parvient à la retrouver par le biais du marchand de chaussure. Afin de la séduire et surtout d’obtenir les bonnes grâces de l’oncle sévère qui veille sur elle, Sandro se fait passer pour son frère, un homme d’affaires, en enfilant une fausse moustache.
Jamais en France on aurait osé sortir en 1980 dans les salles obscures un film basé sur une histoire aussi simplette (à la rigueur, ça aurait pu convenir pour un épouse de Joséphine ange gardien). Cette comédie très familiale et sans prétention se laisse pourtant regarder comme un gentil feuilleton télé et par moment presque drôle (quelle drôle d’idée d’enregistrer ses chansons torse nu dans le studio.

Dans les années 70, Sandro va beaucoup chanter sur scène, non seulement en Argentine, mais dans toute l’Amérique du Sud (ses films faisaient un carton au Mexique) et aux USA. De grands spectacles mélangeant ses ballades romantiques et des airs plus rocks avec sa façon si excentrique (et si tordante) de danser, surtout quand il a l’air un peu trop survolté ! Subséquemment à une brouille avec Anderle, les succès de Sandro seront moins forts dans les années 80. Il tourne une série télé à Porto Rico puis donne un spectacle pour fêter ses 25 ans de carrière. On peut alors tristement constater que comme le King son idole, Sandro a de gros problèmes de poids. Son apparition au début du show, dans un complet de soie blanche, avec des ailes dans le dos, propulsé comme une fusée (par des effets spéciaux à petit budget) est risible, hélas. En revanche, dans la seconde partie de son show, en smoking, il montre encore toute l’étendue de son talent pour interpréter les morceaux les plus émouvants de son répertoire.

Depuis quelques années, ce fumeur invétéré a connu de très graves problèmes de santé (un emphysème pulmonaire) qui avaient déjà failli lui coûter la vie. Remarié en 2006 pour la seconde fois (il a aussi 2 filles), Sandro est décédé avant-hier d'une septicémie après avoir subi une transplantation coeur-poumons.

Une pensée pour ses innombrables fans d'Amérique latine.

7 commentaires:

  1. Hello Music Man,

    Tu as été tagué !

    Bye,

    A2

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  2. Bonjour, J,aime le travail que vous faites sur vos deux sites Movie-musical world et movie-musical king . Même si le 2 ème semble être
    au repos depuis longtemps. Peut-être que des suggestions comme Russ Tamblyn, Eddie Cantor, Nelson Eddy. Bonne continuité.

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  3. Merci Josée pour vos encouragements! la rédaction des portraits demande un temps fou, et c'est vrai que j'ai du mal à assurer le suivi! Mais il faudrait en effet que je "m'attaque" aux acteurs que vous citez et notamment Eddie Cantor dont j'ai vu plusieurs films dernièrement. Bien cordialement.

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  4. N'oublions pas Sandro ! Merci pour votre travail Music Man.

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