lundi 13 avril 2009

Fernando Lamas, l'amant latin




Parmi les personnages faisant partie du folklore hollywoodien figure l’amant latin, séducteur impénitent et romantique adulé par les spectatrices. On se souvient notamment des mythiques Rudolf Valentino et Ramon Novarro dont le succès fut immense à l’ère du cinéma muet.Dans les années 50, avec le malaise des grands studios et l’évolution des mentalités, l’amant latin devenait un type démodé et complètement désuet, réduit à figurer encore dans des films de genre tels ou les comédies musicales ou à apporter une touche de romantisme à des films d’aventure de série B. C’est dans ces deux types de film que la MGM tenta de promouvoir et de distribuer le bel argentin Fernando Lamas, séducteur viril aux tempes argentées. Mais ses frasques et ses aventures sentimentales ont davantage intéressé le public que ses films. Né en 1915 à Buenos Aires de parents espagnols, Fernando Lamas est élevé par ses grands parents. Grâce à son physique athlétique et viril, il n’a pas de mal à obtenir quelques rôles au théâtre puis au cinéma. Son mariage avec l’actrice Perla Mux, surnommée la Deanna Durbin argentine, a probablement du l’aider dans son ascension. Parmi ses films argentins figurent évidemment quelques films de tango, mélo musicaux, où les passages dramatiques sont soulignés à coup de bandonéon et de chansons nostalgiques. Un de ses films est d’ailleurs censé retracer « l’histoire du tango » (1949), et la grande chanteuse du genre Tita Merello figure au générique. Cela dit, c’est dans une adaptation de l’éventail de Lady Windermere d’Oscar Wilde, avec Dolores Del Rio (un super mélo comme on les aime en Amérique du Sud) que l’acteur accèdera au rang de star…et attirera l’attention des producteurs hollywoodiens. Il tient un petit rôle dans un western dont la vedette est John Carroll : l’épouse de ce dernier lui arrange un screen test. La MGM, qui a déjà pris sous contrat un autre amant latin (Ricardo Montalban) est séduite par le bel argentin. Après des stages intensifs en anglais et des cours de chant pour perfectionner sa belle voix de baryton (on raconte qu’il connaissait toutes les chansons de Carlos Gardel et qu’il régalait les convives de ses parties en les interprétant), Fernando débute dans la gentille comédie riche jeune et jolie dont la mignonne Jane Powell est la vedette : un petit film sympa et sans conséquence dans un milieu très friqué (comme toujours dans les comédies produites par Pasternak : la pauvreté ne fait pas rêver) avec un Paris d’opérette pour décor. Fernando n’a déjà plus l’âge d’un jeune premier (36 ans) : il est donc ici le chevalier servant de Danielle Darrieux qui joue la mère de Jane Powell. Interrogée plus tard sur Lamas, Danielle Darrieux, qui a été précédemment mariée au playboy Rubirosa, ne semble pas avoir été troublée par l’acteur et lui a préféré l’intelligence de Wendell Corey. Si Darrieux est restée de marbre, on ne peut pas en dire autant des autres actrices d’Hollywood, tant l’acteur pourtant marié va en peu de temps déchaîner les passions. Lors du tournage de la veuve joyeuse (1952), il va vivre une liaison torride avec la voluptueuse Lana Turner (qui s’est vantée d’avoir connu 300 amants), bien relayée par les journaux à scandale. Si l’on se fie aux mémoires d’Esther Williams, les ébats entre les deux amants étaient si bruyants dans leur caravane qu’ils empêchaient tout le monde de dormir et provoquaient l’hilarité générale. Bien servi par cette romance passionnée, le film remportera un gros succès commercial. Sans posséder un seul instant l’humour ou la finesse de Lubitsch, il s’agit pourtant d’un spectacle luxueux, très agréable à l’œil et magnifiquement photographié. Comme Lana Turner ne sait pas chanter, plutôt que de lui choisir une doublure, la MGM a préféré confié presque toutes les chansons à Lamas qui s’en tire fort bien. J’avais offert ce film à une tante, fan d’opérettes, et elle avait été complètement emballée, bien plus que par la version de Lubitsch, à cause du technicolor et des chorégraphies. Elle a même prétendu avoir reconnu l’acteur principal qu’elle aurait vu sur la scène du Châtelet (ce qui impossible ! Avec qui l’a telle confondu : Tony Gama, Marcel Merkes ?).Avec Lana TurnerLa liaison tumultueuse de Lamas fait grand bruit dans les journaux, leur séparation aussi : en pleine soirée mondaine, ils se disputent et Lana prend la porte avec Lex Barker (le tarzan des années 50). Pour se venger, Lamas sortira avec l’ex- femme de Lex Barker, la belle rouquine Arlene Dahl et l’épousa même en 1954 : une attitude jugée scandaleuse qui choqua Louella Parsons, la reine des échotières.Avec Esther WilliamsAlors que la MGM avait concocté Lune de Miel au Brésil pour Lana et Fernando, le studio sera obligé de le remplacer par l’autre amant latin de son écurie, Ricardo Montalban.On retrouve ensuite Fernando dans Traversons la manche (1953), aimable musical avec la reine des naïades, la ravissante Esther Willliams. Un gentil film familial réservant à la belle Esther quelques scènes de natation, notamment un ballet nautique avec Tom et Jerry : charmant. Doit-on préciser que Fernando et Esther eurent une liaison sur le tournage (elle précisa que c’était son partenaire de l’écran qui nageait le mieux) ? Afin d’éviter tout écart de conduite, c’est son épouse Arlene Dahl que Fernando retrouve ensuite dans le film d’aventures Singaree.Avec Arlène DahlAprès le succès de la veuve joyeuse, Fernando se voit confier encore une opérette archi connue, Rose Marie (1954). Mais malgré le technicolor, et les montagnes rocheuses, le film n’aura pas le succès du précédent. Las de jouer les bellâtres dans les opérettes, Lamas quitte la Métro. Est-il conscient que les autres studios n’ont pas grand-chose de mieux à lui proposer, Compte tenu de son orgueil démesuré, ce n’est pas certain.Après une comédie musicale avec Rosalind Russell (l’héritière de Las Vegas), Fernando tente sa chance à Broadway où il se retrouve confronté avec un autre phénomène, la volcanique Ethel Merman ; les deux stars partageant la même arrogance, les disputes seront fréquentes.Après la naissance de son fils Lorenzo (un playboy qu’on a vu dans les années 80 dans les navrantes séries le rebelle et Falcon Crest), et son divorce avec Arlene Dahl, Fernando Lamas renoue avec Esther Williams, et lui propose le pire des chantages : il lui sera fidèle à condition qu’elle ne vive avec les enfants qu’elle a eu de ses précédents mariages ! Sous le charme, Esther accepte cet odieux compromis . En 1961, Lamas réalise un film espagnol avec sa femme, la fontaine magique, qui ne sera exploité ni chez nous, ni aux states. Sur l’affiche, il a exigé que son nom figure avant celui d’Esther. Si l’on en juge par les mémoires croquignolesques de Miss Williams, Fernando Lamas était un petit monstre d’égocentrisme et de vanité, très fier de son physique et se des performances sexuelles. Elle s’attarde notamment sur des détails physiques et des anecdotes coquines, qui sont certes drôles à lire, mais pas du tout classe de la part de la sirène des comédies familiales de la MGM. Dans les années 70, Fernando se tournera essentiellement vers les séries télévisées. Atteint d’un cancer au pancréas, Fernando Lamas décède en 1982. Lors de ses derniers mois à l’hôpital, l’acteur, alité, vérifiait à l’occasion avec un petit miroir, si la partie préférée de son anatomie était encore en forme* : la fin pathétique d’un macho.*lu dans "the million dollar mermaid" la bio d'Esther Williams;

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