dimanche 24 mai 2009

Amitabh Bachchan, l'empereur de Bollywood






Portrait réalisé par Jordan White et reproduit ici avec son amicale autorisation

Au sommet depuis 1975 et Sholay, Amitabh Bachchan n'a jamais décroché depuis et reste aujourd'hui la personnalité la plus admirée du cinéma indien. Au Nord, il y a Amitabh, du haut (1m95) de ses 65 ans cette année, au Sud Rajnikanth et ses cent quarante films.

Né le 11 Octobre 1942 à Allahabad, Amitabh est le fils d'un poète célèbre Harivansh Rai Bachchan. Nommé Srivastava, il est s'est fait connaître sous le nom de Bachchan. Aujourd'hui, par respect, ses pairs le surnomment "Big B".
Sa mère Teji est originaire du Punjab, région connue pour sa population sikh qui porte ces énormes turbans sur la tête.

Amitabh obtient un diplôme en Arts puis en Sciences. Il s'essaie dans le même temps vers l'âge de vingt ans au théâtre, puis devient animateur de radio. Mais c'est le cinéma qui l'attire. Il tient un rôle en 1969 dans Saat Hindustani. Il a alors (il le garde encore aujourd'hui) pour modèle Dilip Kumar, immense acteur populaire qui s'est illustré dans Andaz en 1949.
Mais c'est son rôle dans Deewar en 1975 qui l'impose comme le jeune "angry young man", l'homme en colère. Yash Chopra alors producteur très en vogue et qui le restera pendant les trente ans à venir en produisant la plupart des succès populaires, voit en lui la nouvelle superstar. Tout arrive à point nommé pour Amitabh qui rencontre le public, et sa femme, Jaya Badhuri de naissance qui deviendra Mme Bachchan, un couple soudé dont l'union dure encore de nos jours.
De celle-ci naîtront deux enfants, dont Lil B aka Abhishek Bachchan, acteur de premier plan actuellement et Shweta, beaucoup plus discrète dont il existe quelque clichés mais qui n'a jamais été mise en avant contrairement à ses parents et à son frère.

1975 ou l'année de Sholay, le western spaghetti revu et corrigé par Bollywood qui fait d'Amitabh la star de l'époque au même titre que Shah Rukh ou Hrithik Roshan de nos jours. Sholay reste le plus gros succès populaire du ciné hindi avec plus de 200 millions de spectateurs, des chansons connues sur le bout des doigts, les refrains des chansons repris par coeur. Plus qu'un phénomène, une pierre angulaire du ciné hindi dont l'héritage se poursuit sans faiblir, le remake de Ram Gopal Varma devant sortir en Août, remake dans lequel Amitabh devrait interpréter le méchant de l'histoire (!).

Amitabh enchaîne avec frénésie les rôles dans les années 70, il est en effet partout, dans le mémorable Kabhi Kabhie où il chante le fameux Dil Rehte Mein, chanson qui ouvre le film, et poème écrit par Pamela Chopra qui signe le script aux côté de son mari Yash, et devient un fulgurant succès critique et artistique comme dans Hera Pheri. Notons à ce titre que la plupart de ses titres de Deewar à Silsilay ont fait l'objet de remake pendant les années 90 et 2000.

En 1981, il tourne dans Silsila qui fait scandale par rapport à son thème de l'adultère, alors inédit en Inde. A l'époque il conseille lui même Rekha pour ce film tou en ayant vécu une histoire avec elle à l'ombre des caméras et Jaya ! La réputation de mari fidèle s'effrite un peu, et Jaya supporte mal cette situation. A la fin du tournage, le couple s'explique et Rekha ne tournera plus avec lui.

En 1982 il échappe de peu à la mort suite à un grave accident sur le tournage de Coolie. Un documentaire sur l'acteur montre qu'à l'époque, les fans epleurés par les fausses rumeurs de sa mort se précipitaient devant l'hopîtal où il était opéré pour y déposer des milliers de gerbes de fleurs. Involontairement, Amitabh était entré dans le coeur de millions de spectateurs. Il entre un an plus tard à l'Assemblée où il devient homme politique. Il devient député d'Allahabad son fief natal, mais l'expérience le déçoit très vite, et ce malgré l'appui de Rajiv Gandhi, ami de longue date de la famille. Imaginez un Gérard Depardieu qui aurait été Ministre de la Culture par exemple mais aurait été impliqué dans une affaire au point d'être contraint de démissionner. Amitabh a été rattaché à l'affaire Bofors (vente d'armes).

Cette parenthèse politique infructueuse l'éloigne du grand écran. Il apparaît dans des rôles spéciaux, fait la voix-off, mais aucun rôle de premier plan jusqu'à 2000 et Mohabbatein d'Aditya Chopra qui a signé en 1995 Dilwale Dulhania le Jayenge. Il y joue un homme de poigne, intransigeant qui se fait supplanter dans le coeur des élèves par le jeune rebelle Shah Rukh Khan et ils nous refont le remake de 3H40 du Cercle des poètes disparus.

Il obtient grâce à son ami Karan Johar le rôle du patriarche intraitable dans La Famille Indienne, succès monstre, où il joue le rôle du père de Shah Rukh amoureux de Kajol. 3H30 de spectacle, avec moults chorégraphies, où il va jusqu'à chanter lui-même, d'ailleurs un des rares acteurs ayant chanté sur les chansons au lieu de se faire doubler, enfin pour certains films. Danseur très moyen de son propre aveu, cela ne l'empêche pas de se bouger sur Say Shava Shava.

Personnalité la plus admirée en Inde, il apparaît régulièrement dans le top 3 des gens les plus influents artistiquement et économiquement, juste derrière les grands industriels du pays. Son nom, associé à une légende toujours aussi vive lui permet de tourner en produisant sur son nom sans la moindre difficulté. Il devient Chevalier de la Légion d'Honneur.
Il tourne autant pour Ram Gopal Varma que pour son ami de toujours Yash Chopra qui le prend pour incarner un villageois dans Veer-Zaara, un de ses plus beaux seconds rôles, avec lequel il a l'intelligence de s'effacer derrière Shah Rukh. Mais la vraie vedette, si c'était lui au fond, et ce partout où il apparaisse, que ce soit lors des remises des récompenses ou lors de sa venue en France lors de la rétrospective Pompidou en 2004 ?



Il renverse même la vapeur et les attentes en 2005 en signant pour Black, où il incarne un professeur à bout de force qui se remet en question au contact d'une jeune aveugle interprétée par Rani Mukerjee. Son rôle lui vaut l'admiration unanime de la presse et du public.


A 65 ans, Mr Amitabh Bachchan, idole de toutes les générations, problablement l'un des trois noms les plus connus aujourd'hui en Inde continue de tourner, dans Jhoom Barabar Jhoom, stature impressionnante, classe intégrale, voix rauque unique, avec toujours l'étincelle enfantine dans les yeux, de celle qui fait les plus grands acteurs. Une légende vivante, un Dieu pour des millions de fans. Mais avant tout un humain, discret, plus effacé qu'on ne le croirait quand il le faut, porteur surtout d'une culture immense.

MON AVIS :

Si Alain Delon (ou du moins sa marionnette)se vante d’être un demi-dieu au Japon, Amitabh pourrait également se glorifier d’avoir le même statut en Inde mais aussi dans de nombreux pays d’Afrique et du moyen orient . Lors d’une interview, Gad Elmaleh a rappelé que dans sa jeunesse au Maroc, il allait souvent voir ses films dont le succès était gigantesque. Dans un magasin de vidéo à Paris, une cliente africaine expliquait au vendeur que dans son pays Amitabh avait un surnom (je ne me souviens plus lequel, il me semble que c’était Babou) et qu’il était archi populaire. En tous les cas, sa présence est indéniable et tous les amateurs de films indiens ont vu beaucoup de ses films puisqu’il est omniprésent, et n’a connu que de courtes traversées du désert. Evidemment pour certains spectateurs occidentaux, son jeu pourra paraître outré dans certains films, mais quel charisme ! Parmi ses meilleurs rôles, comme toi j’ai beaucoup apprécié sa prestation dans Veer Zara. Dans Black, pseudo remake de Miracle en Alabama, un peu mélo mais souvent diablement efficace, il a également une autorité et une présence qui en imposent. Son fils semble dignement suivre ses traces, car il a beaucoup de talent.

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