dimanche 24 mai 2009

André Claveau, la voix des ondes







A l’époque où la radio était reine, la belle voix de crooner d'André Claveau charmait les auditrices sur les ondes françaises avec des tubes encore encrés dans les mémoires comme Cerisiers roses et pommiers blancs ou Domino. Apparemment, le chanteur et animateur n’a pas su choisir avec discernement ses rôles à l’écran car il a enchaîne les navets. Dommage.

Né à Paris en 1911, André Claveau a toujours caressé l’espoir d’une carrière artistique et s’amusait tout enfant à monter des pièces de théâtre en écrivant les dialogues et en dessinant les costumes. Après des études à l’école Boulle, il travaille comme dessinateur de bijoux, puis dessinateur d’affiches. On retrouve sa signature sur des affiches représentant des chanteurs de l’époque comme Jean Lumière. Très attiré par l’art lyrique, André Claveau tente alors sa chance dans la variété en prenant bien soin de retenir sa voix pour s’adapter à un répertoire de chanteur de charme : d’emblée la grande Lys Gauty lui prévoit une grande carrière.


L’imprésario de Jean Lumière le prend alors en mains et lui déniche une série d’émissions de radio qui vont faire la gloire du chanteur au début de l’occupation. Des refrains comme « attends moi mon amour » visent spécialement les épouses et fiancées des prisonniers.


Le tango « j’ai pleuré sur tes pas » fait de lui le crooner français n°1et la presse déclare en 1943 que c’est l’artiste qui reçoit le plus de lettres d’amour: il faut dire que la place est vacante depuis le départ de Jean Sablon en Amérique, et que sa belle voix grave le démarque d’emblée des autres chanteurs de charme de l’époque qui ont curieusement une voix assez haut perchée (Réda Caire, Guy Berry, Roland Gerbeau et évidemment Tino Rossi). Doit-on préciser la gente féminine n’a pourtant rien à espérer du prince charmant à la voix de velours, surnommé Clavache par ses détracteurs? On entend beaucoup André sur la radio collaborationniste « Radio Paris » aussi l’artiste connaît quelques soucis à la libération. Cependant, André Claveau va très vite reprendre sa place dans le cœur des auditrices.

En 1947, on lui confie un premier rôle à l’écran, celui d’un gangster qui rencontre par hasard une jeune fille de bonne famille en fuite (la jeune première en vogue Dany Robin) dans « le destin s’amuse » avec. Pas terrible. On préférera « les vagabonds du rêve », un mélo de 1949, où André Claveau ne fait guère d’étincelles mais où Françoise Rosay est comme toujours remarquable en propriétaire d’un théâtre ambulant, abandonnée par le public, qui semble en pincer pour le chanteur. Pourtant ce dernier, cheveux gominés, et foulard de soie, avec ses faux airs de Paul Meurisse, promène un petit air suffisant assez déplaisant le long du film (et de tous les autres). C’est du cinéma de papa, mais tout à fait regardable par rapport aux autres films chantés que va tourner l’acteur.

Comment défendre le médiocre cœur sur mer (1951) où l’acteur, en maillot de bain, révèle une flasque silhouette ? L’ennui avec ce genre de comédies musicales, c’est que les chansons sont très mauvaises et composées à la va vite. Alors qu’elles sont censées pousser le film, elles le coulent ! Rires de paris (1953) est vraiment un sinistre navet : des girls et des artistes sont kidnappés pour tenter d’arracher un sourire à un millionnaire (Claveau) impossible à dérider : quelle ineptie ! Là aussi les chansons sont creuses, à la hauteur du film.

On se demande comment les producteurs mettaient en route des films aussi mauvais. On devait réclamer à certains compositeurs en mal d’inspiration une série de chansons dans des délais très contraints. Au moins le film un jour avec vous (1952) se distingue du lot, en comportant à un vrai tube, le fameux bon anniversaire, mes veux les plus sincères qui figure parmi les plus gros succès du chanteur qui cartonne vraiment tout au long des années 50 avec des airs comme la petite diligence, Domino (qui lancera la mode du prénom Dominique), cerisiers roses et pommiers blancs (qui fera un tabac aux USA repris par Perez Prado) ou encore le petit train (qu’on entendra beaucoup dans les maternelles et qui sera repris par Rita Mitsouko).
Aux quelques films qu’on a cité on doit rajouter des apparitions en tant que guest star dans French Cancan (où il incarne Paul Delmet qui fut 50 ans avant lui le prince de la chanson de charme) ou Paris chante toujours (film de chanteurs assez habilement troussé). En 1958, André Claveau parait dans un film d’aventures, prisonniers de la brousse, une curiosité rééditée en VHS, il y a quelques années.
Mais c’est bien évidemment à la radio que Claveau continue de charmer ses admiratrices avec des émissions comme cette heure est à vous, sponsorisée par les shampoings Dop.

Celui que Charles Chaplin surnommait le Bing Crosby français (deux petits chaussons de satin blanc du film limelight compte parmi ses plus gros tubes) remporte son dernier triomphe à l’Eurovision en 1958 (battant la chanson Volare de Domenico Modugno qui connaîtra pourtant un succès plus durable). Avec l’arrivée de la vague rock et yéyé, André Claveau préfère se retirer à la campagne (même s’il assure encore le doublage français de films, notamment la voix de C Plummer dans la mélodie du bonheur). Il fait ses dernières apparitions à la télé dans les années 70, mais refuse ensuite les propositions de Pascal Sevran ;
Le prince de la chanson de charme est décédé en 2003 : certes sa façon de chanter, assez uniforme et affectée s’est pas mal démodée par rapport à celle de son inspirateur Bing Crosby, néanmoins sa belle voix grave et ses refrains les plus connus sont imparables donner à un film un parfum d’immédiat après guerre.

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