dimanche 5 juillet 2009

Adieu, Harve Presnell, le baryton de l'ouest







Vedette des comédies musicales dans les années 60, Harve Presnell vient de nous quitter à l’âge de 75 ans, d‘un cancer du pancréas. Il est dommage que cet artiste aussi doué pour le chant que pour la comédie soit entré tardivement dans l’univers du film musical, alors que le genre était déjà moribond à Hollywood, car sa présence et son charme viril auraient pu faire de lui l’équivalent d’un Howard Keel. En tous les cas, le comédien a pu se rattraper en fin de carrière, dans les années 90, en trouvant sa place dans des films réalisés par les metteurs en scènes les plus en vue actuellement.

Né en 1933, Harve Presnell envisageait à l’origine de devenir chanteur d’opéra. Le compositeur Meredith Wilson, connu surtout pour son opérette The Music Man, le remarque lors d’une audition et lui confit le rôle principal du musical la reine du Colorado, biographie romancée de Molly Brown, une activiste américaine surtout connue pour être rescapée du Titanic. Le spectacle triomphe sur les scènes de Broadway et Harve est retenue pour figurer dans l’adaptation au cinéma (alors que Tammy Grimes est remplacée par Debbie Reynolds). Le film est très réussi, notamment grâce au dynamisme et à la fantaisie de la petite Debbie qui n’a jamais été aussi brillante. Dans le rôle du mari de l’insubmersible Molly, Harve est également très remarqué pour son charme et sa chaude voix de baryton.
Sa prestation lui vaut un golden globe en tant qu’espoir masculin de l’année.
Le grand succès du film aurait théoriquement du placer Harve sur la route du succès. Malheureusement, les grands studios américains ne misent plus du tout sur le genre musical, trop coûteux et trop risqué financièrement compte tenu de quelques fiascos accumulés les années précédentes. Tout juste se contente t’on de porter à l’écran les spectacles qui avaient cartonné à Broadway.
Aussi, Harve ne trouve rien de mieux à se mettre sous la dent qu’un petit musical pour les jeunes, « When the boys met the girls », remake de girl crazy, avec les immortelles chansons de Gershwin et la curieuse apparition de groupes en vogue comme les Herman’s hermits . Harve du haut de son mètre 93 forme un curieux couple avec la petite Connie Francis (1 m 56): on a l’impression qu’il tient une gamine par la main. Les numéros dansés sont assez décevant, en raison d’un manque de moyens évident et le film demeure juste regardable pour la fort belle interprétation des standards de Gershwin par les très belle voix de Miss Francis et d’Harve.
La même année, on le retrouve dans « les compagnons de la gloire » un western de cavalerie tout à fait honnête et parfaitement bien photographié, inspiré de fort Apache, sur un scénario de Sam Peckinpah.

En 1969, il rejoint la prestigieuse distribution du western musical la caravane de l’ouest (Clint Eastwood, Lee Marvin, Jean Seberg)réalisé par Joshua Logan. Qualifié à l’époque de catastrophe, le film mérite vraiment d’être revu car il est loin d’être honteux. Certes la réalisation laisse à désirer mais l’interprétation est loin d’être aussi mauvaise qu’on l’avait prétendu à l’époque (on avait évidemment reproché aux 3 vedettes de ne pas savoir chanter : ce qui était vraiment stupide car tout le monde a raffolé de la façon merveilleusement fausse dont Marvin s’acquitte de wondrin’ star) . Seule la prestation d’Harve Presnell avait été saluée par la critique. Il faut dire qu’il chante merveilleusement bien sa chanson Mariah et qu’avec sa barbe il n’a jamais autant ressemblé à Howard Keel, avec lequel il fut tant comparé et que les passages où il figure rappellent fort les 7 femmes de Barberousse.
Vous ne vous souvenez plus de sa présence dans ce film? Peut être parce que à sa sortie, presque toutes ses scènes ont été coupée en France!
L’acteur est ensuite contraint de retourner chanter sur scène , notamment à Londres dans une adaptation musicale très chahutée d’autant en emporte le vent, où il tient bien évidemment le rôle de Rett Butler ou dans Camelot où sa glorieuse interprétation du magique « if ever I would leave you » créé par Robert Goulet lui vaut d’être acclamé par le public. Son interprétation de Don Quichotte dans l’homme de la Mancha est également très applaudie. Harve Presnell ne craint pas non plus d’aborder un répertoire plus ambitieux en enregistrant le carmina purana de Carl Orff ou en chantant en duo avec Marilyn Horne

En changeant de personnage , en abandonnant la panoplie du charmeur de Broadway et la perruque qu’il portait depuis des décennies, Harve Presnell est parvenu à relancer sa carrière à la télévision puis au cinéma dans des rôles de composition, le plus souvent d’hommes d’affaires sans scrupules. Parmi ses participations les plus remarquées, on note la série le caméléon , Fargo (1996) le film culte des frères Coen, volte-face de John Wood1997) ou Il faut sauver le soldat ryan. (1998) de Spielberg, de très gros succès commerciaux.
En somme, un retour inespéré pour un acteur dont le nom n’était même plus mentionné dans les anthologies du film musical !

samedi 4 juillet 2009

Claudio Villa, le petit roi de Naples



Claudio Villa fut probablement l’un des chanteurs populaires italiens les plus adulés du 20ème siècle. Le peuple italien avait le plus grand respect et la plus profonde affection pour cet homme d’origine très modeste dans lequel il se reconnaissait. Ses sérénades ont non seulement charmé ses compatriotes mais également le monde entier. Parmi ses innombrables disques, on compte des 45 tours en français (des chansons de Bécaud), en espagnol mais aussi japonais, anglais et serbo-croate. Une voix puissante et une bonhomie que l’on pouvait à l’occasion apprécier sur les écrans de cinéma.
Né en 1926 d’un père cordonnier et d’une maman couturière, le petit Claudio connaît une enfance misérable. Après avoir travaillé dans une imprimerie, il remporte un concours de chant à la radio.
En 1948, on lui propose de chanter sur la bande son du film « Sous le soleil de Rome » une comédie réaliste assez sympathique. Le succès du film est déterminant. En 1950, la chanson « luna rossa » fait de lui une star nationale (elle sera reprise aux USA par Sinatra et en France par Tino Rossi et Pierre Malar, un chanteur de charme qui s’inspire beaucoup du style de Villa et de sa façon particulièrement mélodieuse et suave de susurrer ses ritournelles).
La même année, il chante brièvement en duo avec Suzy Delair dans « je suis de la revue » sorte de méli-mélo musical à la distribution internationale. Il assure également la partie chantée de « Voir Naples et mourir » 1952 de Ricardo Freda avec la regrettée Gianna Maria Canale.
Le chanteur triomphe plusieurs fois au fameux Festival de San Remo dont l’impact est international dans les années 50 et 60 (la variété italienne ne s‘est jamais aussi bien portée et exportée qu‘à cette époque). En 1955, il remporte le prix …sans être présent. Souffrant, Claudio n’a pu se déplacer et son disque a été diffusé dans la salle! Il s’agit du « torrent » autre énorme succès repris en France par Maria Candido.
Parallèlement son activité discographique (c’est fou le nombre de disques qu’il a pu enregistrer!), Claudio Villa joue et chante dans beaucoup de films dont il est la vedette. Il s’agit soit de comédies gentillettes avec beaucoup de chansons (principal argument de vente de ces productions) ou de sombres drames comme le public populaire les appréciait. Un genre peu connu chez nous : si les films de Claudio ont été exploités en Belgique, peu ont franchis la frontière française . En revanche, les romans photos adaptés de ces séries Z étaient importés chez nous, si bien qu’on pouvait lire ces sortes de bandes dessinées avec les photos de Claudio. Un peu dommage quand même quand on sait que sa voix était sa principale qualité! Le public français peut néanmoins l’applaudir à l’Olympia en 1958 où Piaf et Fernandel viennent le féliciter. Il triomphe aussi au Japon et au Mexique où il tourne un film avec la belle Rosita Quintana (plus connue pour avoir joué Suzanna la perverse pour Bunuel).
En 1959, on le retrouve dans « c’est arrivé à San Remo » revue musicale tournée pendant le concours avec les participants du moment
Petit et robuste, il n’a pas vraiment un physique de séducteur mais incarnait le brave petit gars du pays. Ainsi dans quanto sei bella Roma, il incarne un garagiste à la voix d’or chargé de chanter la sérénade à deux touristes fortunées. Un argument des plus légers juste utile à faire passer de belles vues de la ville éternelle et des chansons sympas (comme la reprise du tube « vivre de Tito Schipa que Claudio chante sur sa vespa.
Avec l’arrivée du rock et de nouveaux chanteurs à la mode comme Celentano ou Mina, certains jeunes jugent Claudio démodé et lui jettent des tomates lors de ses concerts. Le chanteur va parvenir à garder une belle côte d’amour auprès du public en résistant à la déferlante yéyé. En donnant davantage de la voix , le chanteur de sérénade prouve sa parfaite technique et une puissance qui lui aurait largement permis de se lancer dans l’opéra avec des reprises réussies de Granada ou de malaguena qui lui valent des prix d’interprétation à la télévision.
En 1967, il remporte encore le festival de San Rémo avec son dernier très gros succès « Non pensare a me » repris aux USA par Connie Francis. La même année il tourne en Espagne Addio Granada . L’intrigue est faiblarde (un veuf chante dans des petits troquets avant de tenter sa chance en Espagne) mais Claudio y reprend ses plus grands tubes dont le dernier en date, non pensare a me.
Si Claudio reste un chanteur respecté, ses disques des années 70 et 80 se vendent beaucoup moins, même s’il se produit toujours à la télé et dans des concours de chant comme San Remo.
En 1978, il tourne son dernier film, Melodrammore, parodie grotesque des mélos des années 50 comme Claudio et Amadeo Nazzari avaient pu en tourner autrefois.
Victime d’un infarctus, Claudio Villa décède à 60 ans des suites d’une intervention chirurgicale. La nouvelle de sa disparition est annoncée à la télévision pendant le festival de San Remo où il s’était si souvent produit par le passé. Les spectateurs envahis par l’émotion lui réserveront une minute de silence et une standing ovation. Comme en 1955, le chanteur obtiendra un ultime triomphe sans être présent.
Après son décès, le chanteur fera encore parler de lui dans la rubrique des faits divers quand sa fille naturelle sortira de l’ombre pour demander en justice une reconnaissance de paternité (que Claudio lui avait refusé de son vivant). Le papa tranquille du show business menait dans les années 60 une double vie entre son épouse et une danseuse dont il aura deux enfants. Il faut rappeler que le divorce n‘a été légalisé en Italie qu‘en 1970! En tous les cas, en écoutant la belle voix de Manuella Villa, on ne doute pas qu’elle soit la fille de l’illustre chanteur, même si sa carrière est loin d’être aussi brillante.

vendredi 12 juin 2009

Shah Rukh Khan, le roi de Bollywood




Portrait réalisé par Jordan White et reproduit ici avec son autorisation amicale :

Impossible de parler de Bollywood aujourd'hui sans évoquer le nom de Shah Rukh Khan, surnommé King Khan ou Baadshah, comédien aux multiples facettes, vénéré en Inde comme dans le reste du monde, que ce soit en Occident, en Angleterre surtout comme dans les Dom-Tom où il nourrit un véritable culte. Alter-ego masculin de Kajol, Shah Rukh Khan est un "self-made man".

Sa vie est un véritable Bollywood à elle toute seule, jalonnée de malheurs, de deuils, saupoudrée aussi d'une bonne dose d'amour fou.
Né le 2 novembre 1965 à New Delhi, il a une soeur nommée Shehnaaz. La légende dit que son père, employé dans les transports a traversé le Pakistan à pied pour venir en Inde travailler en tant qu'entrepeneur. Sa mère était magistrate et oeuvrait dans le social. Le ciment familial est détruit lorsque son père meurt d'un cancer alors qu'il n'a que quinze ans.

A la fin des années 80, il rencontre Gauri qui deviendra son épouse (et avec qui il a deux enfants Aryan et Suhanna), elle hindoue, lui musulman. Clash des familles qui n'acceptent pas cette union. Après avoir bataillé pour faire entendre leur voix, Shah Rukh obtient finalement la main de Gauri et il se marie en 1991. Il connaîtra la même année un second choc avec la mort de sa maman qui ne verra pas leur union. Il a tout juste vingt six ans et se raccroche à Dieu. Une foi qu'il va perpétuer plus tard avec ses deux enfants en leur inculquant le respect des religions et des cultes (on le voit faire une procession de A à Z auprès d'eux dans son DVD The Inner World)
Etudiant aussi doué dans les études qu'en sport pendant ses années de fac, il préfère pourtant la voie la moins facile, celle de l'actorat, sans aucune relation.

Il commence sa carrière dans une série locale, où il va rencontrer une personne déterminante dans son parcours, un certain Ashutosh Gowariker, lui aussi acteur à l'époque et futur réalisateur du grandiose Lagaan. Ses apparitions dans ces soap lui valent d'être remarqué par des producteurs qui envisagent d'en faire une star du ciné. Encore faut-il qu'il les convainque.
Ce sera chose faite à partir de 1992 avec Deewana, sympathique nanar. Armé de son mulet et d'une incroyable capacité à jouer sur la corde sensible du mélo, il démontre une fougue juvénile qui emballe les spectateurs. Il joue en en faisant des tonnes et pourtant ça fonctionne.
C'est à partir de 1993, que le symptôme de la lèvre tremblante, mimique qu'il reprendra souvent, se fait de plus en plus visible.
1993 et Baazigar qui lui permet de rencontrer Kajol, avec laquelle il va former le couple le plus célèbre du cinéma des années 90 en Inde.
Il joue un rôle que tout le monde a refusé (y compris Aamir Khan) et gagne son premier film fare award. Une étoile est née. Une étoile brillante qui ne s'étiole pas mais gagne au contraire en puissance et aura.

Il enchaîne les rôles plus ou moins marquants, souvent des méchants à une époque où la vague commence à s'essouffler un peu.
A ce moment là le visuel des films paraît encore très ancré dans les années 80, une esthétique criarde avec des couleurs poussées, des scénario prétextes et une utilisation pas toujours très judicieuse du 2.35.
1995 marque un tournant décisif, puisqu'il signe sans même lire une ligne du scénario le plus gros succès de sa carrière, Dilwale Dulhania Le Jayenge, célèbre pour être resté plus de 500 semaines à l'affiche et être encore joué dans une salle à Mumbaï.
Kajol, Shah Rukh, Jatin-Latit à la musique, Aditya Chopra à la réal, tout est là pour en faire le film d'une génération, celle des NRI qui interrogent leurs racines et se projetent dans l'avenir d'une vie à l'occidentale.

Autre carton pour un résultat pourtant tout autre, tourné avant, outré jusqu'à l'excès, Karan Arjun en 1995, avec Salman Khan, véritable déclaration de guerre aux conventions du cinéma, avec des partis pris totalement délirants, tant du point de vue du scénario que de la réalisation et une violence débridée quasiment BD. Plutôt drôle, Karan Arjun permet de retrouver Omrish Puri, monsieur "Méchant" du ciné hindi qui se régale à en faire des tonnes.

Il tourne beaucoup, de la comédie sentimentale au film d'action en passant par la comédie musicale et le thriller. Il a pour partenaire rien moins que des légendes comme Madhuri Dixit ou Manisha Koirala avec qui il joue dans Dil to Pagal Hai en 1997, film qui aujourd'hui a pris un sacré coup de vieux. Puis Yes Boss, Koyla et j'en passe.

Jusqu'à Dil Se de Mani Ratnam en 1998. Où il est partenaire d'une toute jeune débutante, Preity Zinta. Shah Rukh Khan s'efforce de mettre en avant les actrices qui l'entourent afin de ne pas prendre toute la part du gâteau pour lui. Nouveau carton la même année, en Octobre, pour Kuch Kuch Hota Hai, si célèbre, que les spectateurs chantent les paroles à tue-tête en pleine rue et apprennent les répliques du film par coeur.

Il est le Baadshah ( l'Empereur) de Bollywood, accumulant les succès, et possédant en Inde comme hors territoire une influence majeure et une renommée grandissante. Le seul acteur qui ait jamais bénéficié auparavant de ce surnom était Amitabh Bachchan, que Shah Rukh considère comme son modèle.
Il est à l'affiche de films tels que Phir Bhi Dil Hai Hindustani avec Juhi Chewla qu'il aura aussi pour partenaire dans One 2 Ka 4, parodie de Mission Impossible. Il change de registre en 2001 en interprétant le rôle audacieux d'un guerrier dans Asoka qui est un bide public. Celui-ci le préfère dans le role de l'éternel gendre idéal plutôt que de le voir tenter des choses. Ce qui n'empêche pas Asoka d'être remarquable à tous points de vue.

Résultat : nouveau carton pour sa deuxième collaboration avec La Famille Indienne, où il est à nouveau dans les bras de Kajol, actrice pour lequel il éprouve une profonde amitié et admiration (comme on le comprend !)
Le couple fait des étincelles, sur des chorégaphies endiablées ou romantique dont Suraj Sua Maddham resté fameux pour son décor de pyramides d'Egypte.

Contacté par Sanjay Leela Banshali il se perd dans l'adaptation monumentale de Devdas, remake du classique de 1952 où son cabotinage se transforme en une lourde performance démonstrative dans le rôle titre. La surcharge esthétique constante, l'absence de rythme achèvent de rendre Devdas imbuvable. Il monte cependant les marches de Cannes en 2002 alors quasi inconnu en France hormis des fans qui ont déjà vu ses films, au bras d'un certaine Aishwarya Rai ancienne Miss Monde.

Il passe a la comédie dramatique, au pur masala avec le petit bijou New York Masala, réalisé par Nikhil Advani dans lequel il interprète Rahul, ange gardien "tombé" du ciel qui réconciliera des êtres chers et leur permettre de vivre le grand amour. Beau succès pour ce beau film dans lequel il retrouve Preity Zinta, au jeu mûri et à la beauté frappante.
Saif Ali Khan ajoute l'autre touche masculine d'un film très sensible, qui laisse parler le personnage féminin à la première personne avec une utilisation judicieuse de la voix-off.

Il se lâche en 2004 avec Main Hoon Na, récréation offerte par son amie et chorégraphe de talent Farah Khan qui veut faire un film d'action avec plein de gadgets, de blagues potaches et de chorés. Semi-réussite ou semi-ratage, le film se regarde sans déplaisir.
Il tourne en parallèle le magnifique Veer-Zaara de Yash Chopra, où il est Veer, pilote de l'armée indienne qui va se battre pour retrouver son nom, donc son identité et son amour propre. Histoire d'amour fou, de réconciliation, de fraternité, qu'il embrasse avec un jeu ouvert et une fraîcheur revigorante à trente neuf ans.

Mais le meilleur de sa carrière, la maturité ne vient-elle pas avec ce cadeau offert par Ashutosh Gowariker et son Swades, film où il interprète un agent de la Nasa qui revient sur son histoire tout en promouvant le progrès dans son village natal ? A quarante ans, il est alors au sommet, un film se produisant sur son nom, les réalisateurs se bousculant pour le faire jouer. Il en profite alors pour produire les films qui l'inspirent plus ou moins, comme Kaal ou Paheli, échec retentissant au box office.
Il revient en 2006 avec Khabi Alvida Na Kehna où il fait du mauvais Shah Rukh, se parodiant lui-même dans le rôle du mari blessé qui commet l'adultère. Four artistique et film trop moralisateur pour fonctionner sur le spectateur occidental et indien, il est à oublier au plus vite. Farhan Akhtar lui propose Don, petit modèle de mise en scène qu'il se délecte à interpréter, trente ans après Amitabh. La boucle est bouclée.

Shah Rukh revient en 2007 avec Chuk de India où il sera entraîneur d'une équipe de hockey féminin, puis dans le nouveau Farah Khan.
Il est aujourd'hui la plus grande star de Bollywood, en compétition directe avec des acteurs comme Hrithik Roshan et Aamir Khan.
Shah Rukh est un acteur qui m'aura souvent fait pleurer, je pense notamment à New York Masala, et rien que pour cela, pour ses moments d'émotion intenses, je lui voue admiration et respect.
L'exemple d'un homme venu de nulle part, qui devient un monument du cinéma indien et du cinéma tout court, un exemple vivant de réussite sociale et professionnelle, qui lors de sa venue à Paris en Avril 2006 nous a fait partager son professionnalisme mais aussi son étonnante authenticité, son humilité et sa foi. Celle d'un homme admiré par des millions de personnes qui a su garder les pieds sur terre.

MON AVIS :
Un regard malicieux, un talent certain pour la danse, une tendance à cabotiner et à en faire des tonnes dans certains films, mais bon on le prend tel qu'il est, tant son personnage est attachant. Son nom demeure associé aux plus grands succès du film musical indien des 10 dernières années. Impossible d'échapper au phénomène en Inde : on le voit partout. Sur des panneaux publicitaires géants pour le savon Lux ou Pepsi Cola, dans l'épicerie du coin sur des barres chocolatées...
Si son nom est encore ignoré des personnes qui ne s'intéressent pas du tout au cinéma indien, comme tu le remarques, il est super connu dans les DOM, à la Réunion, principalement (compte tenu notamment de l'importante communauté indienne). La fausse rumeur de son décés avait causé là-bas l'émoi des collégiennes. Son passage dans un show 100 % play back (et pour cause, car il est toujours doublé pour le chant, comme toutes les stars du cinéma indien) avait fait sensation. Il a mis le public dans sa poche en criant à la foule "voulez vous coucher avec moi"(les seuls mots de français qu'il connaisse)! Et pourtant justement, le fait qu'il fasse un spectacle en play back avait été vivement critiqué par la presse locale - je me demande ce que ça donnerait s'il venait faire son show en métropole...
Pour les amateurs de films musicaux qui ignorent encore tout du cinéma indien, une séance de Devdas ou de la famille indienne s'impose : évidemment, on met parfois un peu de temps à rentrer dans le film, à s'habituer au rythme, aux danses un peu saccadées, à l'aspect ultra sentimental, aux voix très aigües des chanteuses mais une fois qu'on est "happé", on tombe sous le charme.

dimanche 7 juin 2009

les Nicholas Brothers, la plus éblouissant duo de danseurs à claquettes





Parmi les danseurs les plus éblouissants et les plus spectaculaires de l’histoire du film musical, réservons une place toute particulière aux Nicholas brothers. Il faut les avoir vu danser pour le croire tant leur souplesse, leur dynamisme et leurs acrobaties ont quelque chose de surnaturel : le génial Fred Astaire n’a-t-il pas lui-même déclaré que le numéro des Nicholas dans Stormy Weather était la meilleure séquence de comédie musicale qu’il ait jamais vu ? Fayard (né en 1914 à Philadelphie) et Harold (né en 1921) évoluent depuis leur plus jeune âge dans le milieu du show business. Leurs parents sont musiciens et les emmènent voir les plus grands artistes noirs du moment, notamment le grand Bill Robinson. Sans avoir suivi de cours particuliers, Fayard se révèle très vite un as de la danse, et copie les numéros des stars qu’il a vu sur scène pour épater ses copains. Par mimétisme, son tout jeune frère ne peut s’empêcher de suivre son exemple. Très vite, Fayard et son petit frère sont remarqués et font en 1932 leurs débuts au Cotton Club le mythique cabaret dans lequel les plus grands jazzmen noirs (Duke Ellington, Cab Calloway, Ethel Waters…) se produisent devant un public blanc. Aussi doués pour la fantaisie, le chant que pour la danse acrobatique, les jeunes gens font un tabac. En 1936, ils font un malheur aux Ziegfeld Follies et éclipsent Joséphine Baker, qui reçoit un véritable camouflet des spectateurs américains, incapables de comprendre le succès de celle-ci auprès du public français. avec Joséphine Baker Les Nicholas sont très vite engagés à Hollywood afin d’apparaître dans de courts passages de comédies musicales (comme kid Millions, the big broadcast of 1936…) : il s’agit simplement de numéros dansés en guest-star : jamais ils ne joueront un véritable rôle dans un film. En 1940, avec l’aide du chorégraphe Nick Castle, les deux frères signent un contrat avec la Fox. C’est pour ce studio qu’ils feront leurs films les plus populaires et les plus mémorables. Dans Sous le ciel d’Argentine, leur premier film en couleurs, leur numéro énergique est particulièrement remarqué. Même chose pour leurs danses échevelées dans la fameuse séquence du Sheik d’Arabie de Tin pan Alley (1940) avec Alice Faye et Betty Grable. Notons d’ailleurs que leur numéro sera pas mal trituré par la censure en raison des girls très déshabillées au fond du décor. En revanche, il semble que contrairement au sort réservé à Lena Horne à la MGM, la Fox avait prévu une clause au contrat des Nicholas prévoyant que leurs passages ne seraient pas coupés, même dans les états racistes du Sud : sage décision d’autant plus que leurs numéros était souvent le clou des films en question ! Des esprits chagrins se sont plaint bien plus tard que les Nicholas n’avaient jamais participé aux mouvements anti-racistes et qu’ils s’étaient acomodés du système, en acceptant les règles d’Hollywood et en se contentant de passages dansés en guest-stars alors que les Fred Astaire, Gene Kelly et les autres artistes blancs avaient droits aux rôles principaux, aux meilleures chansons, etc… Mais qu’auraient ils pu faire dans le Hollywood de l’époque ! Jamais on ne leur aurait permis de danser avec Betty Grable, la vedette de deux de leurs films, comme l’a dit Harold. En 1941, dans « Tu seras mon mari », les Nicholas dansent sur le célèbre air de Glenn Miller « Chatanooga choo choo » avec la toute jeune Dorothy Dandridge. La future star de Carmen Jones sera la première épouse d’Harold. Un mariage malheureux qui tournera court : Harold est infidèle, et leur fille naît gravement inadaptée. Elle sera placée dans un institut spécialisé. avec Dorothy Dandridge. Le plus mémorable numéro des Nicholas, c’est évidemment le « Jumpin’jive » du film Stormy weather (1943) qui de Fats Waller à Bill Robinson réunit les plus grands talents noirs du show business américain. L’histoire n’est pas folichone mais les artistes sont tous éblouissants. Sans doute stimulés par cette incroyable concurrence, les Nicholas se révèlent tout bonnement incroyables, défiant la pesanteur, se jetant dans les escaliers pour effectuer une série de grands écarts impressionnants, et sans les mains! En 1946, les Nicholas jouent dans un spectacle de Broadway, St Louis Woman avec Pearl Bailey. Seule la chanson « come rain or come shine » interprétée par Harold deviendra un succès, que Margaret Whiting puis une liste incalculable de chanteurs mettront à leur répertoire. En 1948, les Nicholas dansent avec Gene Kelly dans le fameux et merveilleux « Pirate » de Minnelli, probablement leur meilleur film. La séquence « be a clown » (une chanson qui sera largement plagiée pour le fameux air Makin’ laugh de Chantons sous la pluie), dirigée avec acharnement par Kelly, répétée et filmée pendant toute une journée, les laissera sur les rotules. La même année, le duo a l’honneur de donner une représentation pour la cour royale d’Angleterre. Dans les années 50, les deux artistes vont effectuer des tournées dans le monde entier. A l’occasion, on les verra dans divers films internationaux, dans lesquels comme à Hollywood, ils se contentent d’un numéro musical, comme dans je suis de la revue (1951) avec Fernandel et Suzy Delair, Bonjour Kathryn (1956) avec Caterina Valente. Comme beaucoup d’artistes blacks en tournée, les deux frères ont un véritable coup de foudre pour l’Europe : on les accueille comme de vraies stars sans aucun problème de racisme (alors qu’à Las Vegas, les grandes stars blacks étaient souvent obligées d’emprunter des passages dérobés pour venir chanter dans des hôtels dans lesquels elles n’avaient même pas le droit de loger ou d’utiliser la piscine. Sous le charme, Harold décide de s’installer à Paris et de continuer sa carrière de danseur mais surtout de chanteur en solo : il va ainsi enregistrer plusieurs disques en français au début des années 60, dont un EP avec seulement des madisons, la danse en vogue en 1963. Il va également tenir son premier vrai rôle de composition dans un polar français dont Eddie Constantine est la vedette. Dans les années 70, les deux frères de retour aux States fondent une école de danse dont certains élèves deviendront célèbres à leur tour : Janet et Michael Jackson, Debbie Allen. Les petites filles des frères Nicholas monteront également leur propre show : les Nicholas sisters. A la fin de leur vie, les hommages vont se succéder : une soirée spéciale au Carnegie hall, une médaille remise par George Bush, une étoile sur Hollywood boulevard. Occasionnellement, on retrouve Harold dans des films comme taps avec le grand danseur black Gregory Hines (qui jouera par la suite le rôle de Bill Robinson à l’écran). Grand admirateur des Nicholas, Gregory Hines déclarera qu’il serait impossible de tourner un biopic sur la vie des Nicholas car personne ne serait capable de danser de façon aussi spectaculaire qu’eux, à moins de recourir à de trucages ! Les Nicholas brothers nous ont quitté (Harold en 2000 et Fayard l’an dernier), mais les fans de la comédie musicale ne risquent pas de les oublier.

jeudi 28 mai 2009

Johannes Heesters, le plus vieil acteur du monde







Le plus vieux comédien toujours en activité, Johannes Heesters a plus de105 ans : une bonne occasion pour dresser le portrait de cet acteur hollandais, la vedette principale des opérettes filmées allemandes de l’époque nazie. Coup de projecteur sur la longue carrière du roi de l’opérette avec son faste et ses zones d’ombre.

Né le 3 décembre 1903, Johannes Heesters débute sur les scènes hollandaises et belges dans des pièces de théâtre et des opérettes. Après une prestation très remarquée à Vienne en 1935, il est engagé par le studio allemand de la UFA, qui cherche désespérément de nouvelles stars pour remplacer les nombreux talents qui ont préféré l’exil au national socialisme (le producteur Erik Charell, les chanteurs d’opérette, souvent d’origine juive, Richard Tauber, Gitta Alpar, Jarmila Novotna…
Johannes Heesters (qui a déjà tourné quelques films dans son pays natal) devient une vedette de cinéma grâce à l’adaptation filmée de l’opérette l’étudiant pauvre (1936). Un bon film, bien mis en scène par Georg Jacoby, avec Marika Rökk qui révèle au public sa voix de ténor un peu nasillarde, et son charme débonnaire. Gasparone (1937), autre opérette filmée est également un film très bien ficelé et bien rythmé, qui a plutôt bien vieilli (le talent de metteur en scène de Jacoby y est pour beaucoup).
En 1938, Johannes Heesters retourne à Amsterdam donner une série de représentations de l’opérette « la comtesse Maritza » avec une troupe de comédiens juifs.
Goebbels, ministre chargé de la propagande, prendra cet épisode fort mal et menacera Heesters, mais néanmoins, grâce à Hitler, qui l’adore (il considérait Heesters comme le meilleur interprète du comte Danilo dans la Veuve joyeuse), le comédien va pouvoir continuer sa carrière à la UFA.
Les films qu’il tourne à la pelle seront de gros succès commerciaux, le public allemand ayant plus que jamais besoin de s’évader du quotidien. Hallo Janine (1940) encore avec la danseuse acrobatique Marika Rökk, aura également du succès en France et dans les pays occupés.
Je t’aimerai toujours (1941) est un musical bien terne. Néanmoins, la chanson « klavier spielen » restera associée à Heesters. Carnaval d’amour (1943), avec Dora Komar, vaut surtout pour ses passages musicaux, plutôt rythmés, et inspirés des films hollywoodiens et de bonnes chansons. A la fin de la guerre, il était devenu trop dangereux de poursuivre les tournages à Berlin, et les derniers films tournés sous le troisième Reich seront réalisés à Prague.

D’après les propos rapportés par Margot Hielscher, les comédiens savaient bien que l’Allemagne allait perdre la guerre et que les films en cours ne seraient peut être pas bouclés, mais continuaient les tournages, en vivant au jour le jour, et en dépensant avec frénésie leur argent dans les cafés et les magasins. La chauve souris (1945) luxueuse adaptation de la célèbre opérette de Strauss (en Agfacolor et avec un faste qui jure avec la misère qui régnait à l’époque) sera tout juste achevée avant l’arrivée des alliés, et exploitée en 1948 en tant que film « autrichien ». C’est un très bon film de Von Cziffra (remasterisé en DVD), qui recevra de très bonnes critiques y compris en France.
Après la guerre, si Johannes Heesters va rapidement reprendre ses activités en Allemagne et en Autriche (il ne sera pas frappé d’une longue interdiction compte tenu de l’absence de propagande dans ses films), il passera pour un traître dans son pays natal, où personne n’ignorait qu’il avait rencontré plusieurs fois Hitler et où la rumeur courrait qu’il avait même donné un concert à Dachau en 1941 pour les SS de ce camp de concentration. Rumeur qui sera confirmée par des photos qui seront retrouvées en 1978, dans une cave de Munich (cf. Liebe Tanz und 1000 schlager de Manfred Hobsch page 51). Voila qui entache de façon certaine une carrière. Alors pourquoi Johannes Heesters, qui a toujours refusé la nationalité allemande et qui se déclarait apolitique s’est il fourvoyé avec les nazis ? Pour distraire le public allemand qui l’adorait et qui en avait tant besoin, comme il l’a prétendu ? Ou tout simplement par égoïsme et cupidité (l’argent n’a pas d’odeur) …

Après guerre, on retrouve Heesters dans de nombreuses opérettes filmées avec Elfie Mayerhofer, le rossignol viennois, Claude Farell ou surtout Marika Rökk (Princesse Czardas 1951). Un genre qui tend à se moderniser et petit à petit à virer vers la parodie, avec des anachronismes et des versions « swinguées » des vieux airs d’autrefois. En piste Marika (1958), encore avec Marika Rökk, lorgne vraiment du coté d’Hollywood (ballets modernes, rock’n roll). Il aura l’occasion de tourner là-bas dans la version allemande (et ô combien théâtrale) de La lune était bleue d’Otto Preminger (1953)
En 1961, Johannes Heesters joue aux cotés de la chanteuse yéyé Conny Froboess dans Midi Midinette, puis va désormais se tourner essentiellement vers la scène (adaptation allemande de Kiss me Kate ) et la télévision.
Les cheveux blancs et les rides lui vont bien et lui confèrent un charme supplémentaire : curieusement, il semble plus avenant à 70 ans qu’à 30. Plus les années passent, plus il est convié en guest-star en tant que phénomène, survivant d’une époque révolue. Toujours en smoking et chapeau claque, il entonne « I’m glad I’m not young anymore » de Gigi dans les shows de Peter Alexander.

En 1992, après le décès de son épouse (une actrice belge), il se remarie avec une femme qui a…50 ans de moins que lui (Ca arrive assez souvent dans le show business : Fred Astaire…). Toujours bon pied bon œil, sieur Heesters continue de jouer sur les planches (ce qui lui vaudra de figurer dans le Guiness des records comme plus vieil acteur encore en activité). Chaque année, il est encore invité à la télé, surtout au moment de son anniversaire, avec beaucoup de respect. Le vieil homme de 105 ans a désormais une allure de Jiminy Crickett avec ses petits yeux malicieux et son costume blanc et sa cane, quand il chante en play-back à la télé. Désormais presqu'aveugle, il souhaite encore vivre une dizaine d’années et a donné l'an dernier un show dans son pays natal où il ne s'était pas produit depuis des décennies. Cet événement a créé bien des remous en Hollande, beaucoup de es compatriotes étant outrés que le chanteur favori d'Hitler puisse ainsi continuer à chanter. L'acteur, peut être sénile, n'a pas craint d'agraver son cas en déclarant lors d'une interview qu'Hitler était très gentil. Curieux personnage qui vient de tirer sa révérence à l'âge vénérable de 108 ans, à la veille de Noël.

dimanche 24 mai 2009

Amitabh Bachchan, l'empereur de Bollywood






Portrait réalisé par Jordan White et reproduit ici avec son amicale autorisation

Au sommet depuis 1975 et Sholay, Amitabh Bachchan n'a jamais décroché depuis et reste aujourd'hui la personnalité la plus admirée du cinéma indien. Au Nord, il y a Amitabh, du haut (1m95) de ses 65 ans cette année, au Sud Rajnikanth et ses cent quarante films.

Né le 11 Octobre 1942 à Allahabad, Amitabh est le fils d'un poète célèbre Harivansh Rai Bachchan. Nommé Srivastava, il est s'est fait connaître sous le nom de Bachchan. Aujourd'hui, par respect, ses pairs le surnomment "Big B".
Sa mère Teji est originaire du Punjab, région connue pour sa population sikh qui porte ces énormes turbans sur la tête.

Amitabh obtient un diplôme en Arts puis en Sciences. Il s'essaie dans le même temps vers l'âge de vingt ans au théâtre, puis devient animateur de radio. Mais c'est le cinéma qui l'attire. Il tient un rôle en 1969 dans Saat Hindustani. Il a alors (il le garde encore aujourd'hui) pour modèle Dilip Kumar, immense acteur populaire qui s'est illustré dans Andaz en 1949.
Mais c'est son rôle dans Deewar en 1975 qui l'impose comme le jeune "angry young man", l'homme en colère. Yash Chopra alors producteur très en vogue et qui le restera pendant les trente ans à venir en produisant la plupart des succès populaires, voit en lui la nouvelle superstar. Tout arrive à point nommé pour Amitabh qui rencontre le public, et sa femme, Jaya Badhuri de naissance qui deviendra Mme Bachchan, un couple soudé dont l'union dure encore de nos jours.
De celle-ci naîtront deux enfants, dont Lil B aka Abhishek Bachchan, acteur de premier plan actuellement et Shweta, beaucoup plus discrète dont il existe quelque clichés mais qui n'a jamais été mise en avant contrairement à ses parents et à son frère.

1975 ou l'année de Sholay, le western spaghetti revu et corrigé par Bollywood qui fait d'Amitabh la star de l'époque au même titre que Shah Rukh ou Hrithik Roshan de nos jours. Sholay reste le plus gros succès populaire du ciné hindi avec plus de 200 millions de spectateurs, des chansons connues sur le bout des doigts, les refrains des chansons repris par coeur. Plus qu'un phénomène, une pierre angulaire du ciné hindi dont l'héritage se poursuit sans faiblir, le remake de Ram Gopal Varma devant sortir en Août, remake dans lequel Amitabh devrait interpréter le méchant de l'histoire (!).

Amitabh enchaîne avec frénésie les rôles dans les années 70, il est en effet partout, dans le mémorable Kabhi Kabhie où il chante le fameux Dil Rehte Mein, chanson qui ouvre le film, et poème écrit par Pamela Chopra qui signe le script aux côté de son mari Yash, et devient un fulgurant succès critique et artistique comme dans Hera Pheri. Notons à ce titre que la plupart de ses titres de Deewar à Silsilay ont fait l'objet de remake pendant les années 90 et 2000.

En 1981, il tourne dans Silsila qui fait scandale par rapport à son thème de l'adultère, alors inédit en Inde. A l'époque il conseille lui même Rekha pour ce film tou en ayant vécu une histoire avec elle à l'ombre des caméras et Jaya ! La réputation de mari fidèle s'effrite un peu, et Jaya supporte mal cette situation. A la fin du tournage, le couple s'explique et Rekha ne tournera plus avec lui.

En 1982 il échappe de peu à la mort suite à un grave accident sur le tournage de Coolie. Un documentaire sur l'acteur montre qu'à l'époque, les fans epleurés par les fausses rumeurs de sa mort se précipitaient devant l'hopîtal où il était opéré pour y déposer des milliers de gerbes de fleurs. Involontairement, Amitabh était entré dans le coeur de millions de spectateurs. Il entre un an plus tard à l'Assemblée où il devient homme politique. Il devient député d'Allahabad son fief natal, mais l'expérience le déçoit très vite, et ce malgré l'appui de Rajiv Gandhi, ami de longue date de la famille. Imaginez un Gérard Depardieu qui aurait été Ministre de la Culture par exemple mais aurait été impliqué dans une affaire au point d'être contraint de démissionner. Amitabh a été rattaché à l'affaire Bofors (vente d'armes).

Cette parenthèse politique infructueuse l'éloigne du grand écran. Il apparaît dans des rôles spéciaux, fait la voix-off, mais aucun rôle de premier plan jusqu'à 2000 et Mohabbatein d'Aditya Chopra qui a signé en 1995 Dilwale Dulhania le Jayenge. Il y joue un homme de poigne, intransigeant qui se fait supplanter dans le coeur des élèves par le jeune rebelle Shah Rukh Khan et ils nous refont le remake de 3H40 du Cercle des poètes disparus.

Il obtient grâce à son ami Karan Johar le rôle du patriarche intraitable dans La Famille Indienne, succès monstre, où il joue le rôle du père de Shah Rukh amoureux de Kajol. 3H30 de spectacle, avec moults chorégraphies, où il va jusqu'à chanter lui-même, d'ailleurs un des rares acteurs ayant chanté sur les chansons au lieu de se faire doubler, enfin pour certains films. Danseur très moyen de son propre aveu, cela ne l'empêche pas de se bouger sur Say Shava Shava.

Personnalité la plus admirée en Inde, il apparaît régulièrement dans le top 3 des gens les plus influents artistiquement et économiquement, juste derrière les grands industriels du pays. Son nom, associé à une légende toujours aussi vive lui permet de tourner en produisant sur son nom sans la moindre difficulté. Il devient Chevalier de la Légion d'Honneur.
Il tourne autant pour Ram Gopal Varma que pour son ami de toujours Yash Chopra qui le prend pour incarner un villageois dans Veer-Zaara, un de ses plus beaux seconds rôles, avec lequel il a l'intelligence de s'effacer derrière Shah Rukh. Mais la vraie vedette, si c'était lui au fond, et ce partout où il apparaisse, que ce soit lors des remises des récompenses ou lors de sa venue en France lors de la rétrospective Pompidou en 2004 ?



Il renverse même la vapeur et les attentes en 2005 en signant pour Black, où il incarne un professeur à bout de force qui se remet en question au contact d'une jeune aveugle interprétée par Rani Mukerjee. Son rôle lui vaut l'admiration unanime de la presse et du public.


A 65 ans, Mr Amitabh Bachchan, idole de toutes les générations, problablement l'un des trois noms les plus connus aujourd'hui en Inde continue de tourner, dans Jhoom Barabar Jhoom, stature impressionnante, classe intégrale, voix rauque unique, avec toujours l'étincelle enfantine dans les yeux, de celle qui fait les plus grands acteurs. Une légende vivante, un Dieu pour des millions de fans. Mais avant tout un humain, discret, plus effacé qu'on ne le croirait quand il le faut, porteur surtout d'une culture immense.

MON AVIS :

Si Alain Delon (ou du moins sa marionnette)se vante d’être un demi-dieu au Japon, Amitabh pourrait également se glorifier d’avoir le même statut en Inde mais aussi dans de nombreux pays d’Afrique et du moyen orient . Lors d’une interview, Gad Elmaleh a rappelé que dans sa jeunesse au Maroc, il allait souvent voir ses films dont le succès était gigantesque. Dans un magasin de vidéo à Paris, une cliente africaine expliquait au vendeur que dans son pays Amitabh avait un surnom (je ne me souviens plus lequel, il me semble que c’était Babou) et qu’il était archi populaire. En tous les cas, sa présence est indéniable et tous les amateurs de films indiens ont vu beaucoup de ses films puisqu’il est omniprésent, et n’a connu que de courtes traversées du désert. Evidemment pour certains spectateurs occidentaux, son jeu pourra paraître outré dans certains films, mais quel charisme ! Parmi ses meilleurs rôles, comme toi j’ai beaucoup apprécié sa prestation dans Veer Zara. Dans Black, pseudo remake de Miracle en Alabama, un peu mélo mais souvent diablement efficace, il a également une autorité et une présence qui en imposent. Son fils semble dignement suivre ses traces, car il a beaucoup de talent.